Cette nuit-là… en salle de travail

Précédemment : Cette nuit-là… en route pour la maternité 

Je vous avais laissés aux portes de la maternité, ce vendredi 12 avril vers 4h15 du matin. Les douleurs étaient constantes mais encore relativement supportables, j’avais perdu les eaux depuis une peu plus d’une heure, je pensais donc que le travail avait bien avancé.

La sage-femme qui m’a accueillie m’a fait m’allonger pour un monitoring, et c’est là que les choses ont commencé à être difficiles… Étendue, je n’avais plus aucun moyen de lutter contre la douleur. J’avais des contractions par les reins, ou plutôt une douleur permanente dans le dos, à laquelle s’ajoutaient des contractions très rapprochées dans le ventre. Ce que je ne savais pas à ce moment-là, c’est que sur le monitoring les contractions se chevauchaient littéralement, si bien que mon homme a eu peur qu’il s’agisse vraiment d’un faux travail. Lorsque j’ai répondu à la question de la sage-femme que oui, je voulais la péridurale, il a compris que ça allait mal. J’avais dit que j’essaierai de tenir le plus longtemps possible sans, pour rester mobile, mais là je savais que c’était au-dessus de mes forces.

À l’examen, la douche froide : « Vous êtes à un centimètre, le col est à peine effacé ». C’est-à-dire que j’étais exactement au même point que trois jours plus tôt, lors de la visite du 9ème mois. Et pour en rajouter un peu, la sage-femme a maintenu que je n’avais pas perdu les eaux, pas même fissuré la poche… La souffrance était telle qu’il me semblait impossible d’être si peu avancée dans le travail. « Je vais y rester » me suis-je dit. L’Homme avait envie de pleurer je crois bien de me voir comme ça. Heureusement, elle n’a pas remis en question le fait que je sois effectivement en travail, et a bien compris ce que j’endurais : « ça ne s’arrête pas de faire mal pas vrai ? » m’a-t-elle demandé. « Ok, ne vous en faites pas, je ne vais pas vous laisser comme ça, on va faire quelque chose en attendant que je puisse prévenir l’anesthésiste. » Bénie soit-elle.

Aux alentours de 5h du matin, nous sommes passés dans la salle de travail, celle où je pensais rester des heures quand j’essayais d’imaginer mon accouchement. J’ai eu droit à deux injections de morphiniques pour me soulager. Si on m’avait dit ça avant, j’aurais affirmé que moi vivante jamais on ne m’injecterait un truc pareil tant que mon bébé serait encore relié à moi par le cordon. Dans les faits, j’ai tendu le bras, éperdue de reconnaissance, et je crois bien qu’on aurait pu me proposer n’importe quelle drogue sans que j’y trouve rien à redire.

Avec le recul, je me dis que j’avais raison de ne rien anticiper, de ne pas rédiger de projet de naissance, de ne pas trop faire de plans sur la comète. Rien ne m’a préparée à ce que j’ai vécu cette nuit-là, ni à la douleur, ni à la peur, ni à cette faculté à se retirer du monde extérieur pour ne penser à rien d’autre qu’à supporter cette souffrance. Je n’ai pratiquement pas adressé la parole à qui que ce soit, pas même à mon mari qui s’est trouvé assez désemparé. Le produit m’a endormie, j’ai somnolé une heure durant, reprenant mes esprits à chaque contraction pour me concentrer sur mon souffle. De tout ce que j’avais appris, c’est la seule chose qui est restée : souffler doucement, ne pas se laisser submerger… Les mains de mon homme dans mon dos me soulageaient, chaque vague de douleur passée était un pari gagné, je ne voyais pas plus loin.

insomnie

Au bout d’une heure, les effets des injections se sont dissipés doucement, et j’ai commencé à perdre pied. Mais la bonne nouvelle, c’est que j’étais passée de un à quatre centimètres. Je n’en suis pas revenue, et j’ai repris courage. La sage-femme a appelé l’anesthésiste, « il arrive » m’a-t-elle dit. Ainsi je n’allais pas devoir l’attendre, quel soulagement ! Chaque contraction était peut-être la dernière, et je sais que dans la demi-heure qui a suivi cette pensée m’a évité de céder à la panique.

Vers 6h30, l’anesthésiste a fait son entrée, sans un mot ni même un regard vers moi. Oui, monsieur sourire d’avril rencontré trois jours plus tôt. Et c’est là que débute le pire de mon accouchement : mon homme a dû sortir, et j’ai paniqué de ne plus le sentir présent à mes côtés, alors que la douleur se faisait carrément insupportable, les contractions tellement rapprochées que je ne retrouvais plus mon souffle, et que je n’avais pas le droit de bouger. Assise sur le lit, appuyée contre la sage-femme qui m’empêchait de mettre mes bras en arrière, j’ai crié. De peur, de douleur. Il a fallu toute sa douceur pour que je fasse un effort violent et que mon cri cesse et se mue en souffle lent. De la piqure, je ne peux dire qu’une chose : je n’ai strictement rien senti.

Et puis, l’attente. Se concentrer, ne pas céder à la douleur, souffler doucement, se dire que dans quelques minutes on ne sentira plus rien, regarder son homme et puiser un peu de courage dans ses yeux et dans ses paroles rassurantes. Ne rien dire, même si on comprend ce qu’il est en train de se produire. Puis prendre peur. « Ça ne marche pas. » Ou plutôt, ça ne marche qu’en partie. J’ai connu la joie de la péridurale latéralisée, qui laisse la moitié du corps souffrir pour deux. On m’a mise sur le côté, rien n’y faisait. Plus tard, mon homme entendra une sage-femme dire « c’est encore pire pour la dame en fait ».

Le peu de courage qui me restait a donc volé en éclat, et il a fallu une annonce fracassante pour le ramener quelque peu. Une petite demi-heure après la péridurale, j’ai senti une violente envie de pousser. A l’examen, j’étais à huit centimètres. J’ai fondu en larmes, de soulagement. Quatre centimètres par heure, je n’allais plus tarder à être délivrée. Il devait être environ 7h. À partir de là, tout s’est passé très vite. Ces trois heures de travail éprouvantes étaient terminées, je venais d’entrer dans la phase d’expulsion sans crier gare. La princesse allait bousculer quelque peu le changement d’équipe du matin !

à suivre …

20 réflexions sur “Cette nuit-là… en salle de travail

  1. Mon premier accouchement a ressemblé au tien !!! hâte de connaitre la suite (la plus belle et heureuse).. quant à mon second accouchement il s’est déroulé de façon moins douloureuse que le
    premier… mais le même jour que toi !

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    1. Ouiiii je viens d’aller voir ça, c’est marrant qu’on ait accouché le même jour!! 😉

      J’aime bien l’idée que le second est moins douloureux que le premier!! 😉

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  2. Tu m’as fait revivre mes accouchements, cette douleur terrible, et cette peur « mais comment ça va se finir ???? Je ne vais pas pouvoir le supporter !!! » quand le col ne bouge pas malgré la
    puissance des contractions… Et puis ces mêmes contractions, de plus en plus puissantes, mais finalement beaucoup plus gérables quand on sait que l’anesthésiste arrive. Tout ça pour n’avoir qu’une
    moitié de péri… Mais dans mon cas, pour l’avoir fait deux fois, j’ai quand même eu l’impression qu’une moitié de péri, c’était mieux que pas de péri du tout…
    Et si tu paniques à la pensée d’un futur accouchement pareil, sache que tout le monde me parlait de ma scoliose, qui a empêché la péri, les deux fois, de fonctionner du côté gauche… Et bien la
    troisième fois, la péri a parfaitement fonctionné ! Des deux côtés !!! Et oui, c’est le bonheur…

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    1. C’est un joli compliment, merci 😉

      Je me demande oui, si ce n’est pas un peu mieux une moitié de péri que pas du tout… pour ça faudrait tester et je n’y tiens pas!! Un futur accouchement, je n’y pense pas encore hein! Non, sérieusement, je me dis que chaque accouchement est différent, alors… on verra bien! 😉

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  3. Oh mais les frissons que tu viens de me mettre là…
    C’était dur oui, mais rapide, mais tu ne pouvais pas le savoir d’où la panique!
    Ca arrive souvent on dirait une péri mal faite, ça fout les boules!
    J’ai eu la grande chance d’avoir une péri très bien faite mais je me souviens que lorsque les effets se sont estompés un peu, j’avais un côté plus douloureux (je m’étais tournée sur le côté quand
    j’ai r-appuyé sur le bouton).
    Finalement, j’ai eu envie de pousser et puis quelques minutes plus tard, j’ai accouché! Je ne me suis reposée que quelques minutes au final!

    Hâte de lire la suite! 🙂

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    1. C’est vrai que ça n’a pas l’air de fonctionner souvent si tu écoutes les récits d’accouchement… heureusement que j’y croyais dur comme fer sinon j’aurais carrément flippé à l’idée d’aller à la mater!!

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  4. J’avais hâte de lire la suite et de savoir comment ton accouchement s’était passé. J’imagine la surprise quand elle t’a dit 1 centimètre. La suite a été plus rapide – 4 cm par heure quand
    même!!
    Moi c’était presque 1 cm toutes les 3/4 heures. Par contre la péridurale m’a sauvée, j’avais toujours un peu mal à gauche, mais ce n’était rien comparé à ce que j’avais enduré pendant 20
    heures.

    Hâte de lire la dernière partie ma belle. xx

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    1. Ben je m’attendais vraiment à ce qu’elle m’annonce 3 ou 4… ça fait peur sur le coup!

      Oui, 4cm par heure c’est pas mal, et d’après la sage-femme c’est pour ça que j’ai bien senti les contractions : elles étaient hyper efficaces c’est le moins qu’on puisse dire!!

      Ma belle je t’admire d’avoir tenu si longtemps… purée j’ai pensé à toi qui a attendu l’anesthésiste pendant 2 heures… respect ma belle!!

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  5. Eh bien, que de rebondissements !!!
    Je ne peux pas comparer au mien hélas, comme le font toutes tes autres « fan ».
    Je peux juste dire que je visualise assez bien pour en avoir vécu un de très près… Et je comprends que tu te sois renfermée sur toi-même…
    Et je ne sais pas quoi dire d’autre, j’ai hâte de connaître la suite et je t’embrasse.

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  6. En te lisant j’ai resenti ta douleur, je me suis souvenue de la mienne. Comme toi la péri n’a pas voulu se mettre en place comme il faut mais j’ai été plus chanceuse, j’avais un côté sensible mais
    pas douloureux et l’autre par contre complètement mort, et la jambe qui avait doublé de volume o_O
    J’aime lire des récits d’accouchement, parce qu’on est seule dans ce moment de douleur et en même temps si proche de toutes celles qui sont déjà passées par là.
    Beau travail 😉

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    1. J’ai connu la jambe morte, mais après la bataille… à force de me faire des shoots pour me calmer, les sage-femmes m’ont complètement endormi la jambe gauche pendant 24 heures… ça fait un drôle d’effet!

      C’est vrai qu’on est à la fois toutes différentes et toutes proches dans ce moment unique… merci 😉

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  7. Oh lala ! Tu viens de me donner des frissons! C’est beau la façon dont tu le raconte (d’un autre côté j’imagine que ça doit être une expérience sublime) vivement la suite en tous cas! =)

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