Mon séjour à la maternité, ou la fin de cet autre moi…

De mon séjour à la maternité, je garde un souvenir mitigé. Ou plutôt un sentiment d’être lentement redescendue de mon nuage, jusqu’à toucher le sol à nouveau.

Il y a eu ce premier jour de contemplation et de calme, juste nous trois, comme dans un cocon.

Il y a eu cette première nuit et les premières larmes d’une petite princesse affamée après une journée passée à dormir pour récupérer de la naissance. Le papa qui dort avec nous car je ne pouvais pas me tenir suffisamment pour prendre ma fille dans son berceau, la faute à cette jambe anesthésiée. L’abandon d’un allaitement que je n’avais absolument pas prévu, sans regret donc, et le premier biberon au point du jour.

Il y a eu le choc de découvrir mon corps meurtri ce matin-là, quand j’ai enfin pu me lever et prendre une douche.  Totalement ailleurs lors de l’accouchement, je n’ai pas entendu qu’on me demandait d’arrêter de pousser et n’ai donc pas eu d’épisiotomie mais une belle déchirure, qui m’a valu une séance de couture plutôt compliquée aux dires de la sage-femme. J’ai constaté, paniquée, l’étendue des dégâts. J’ai bien failli m’évanouir et j’ai fini en larmes dans les bras de mon homme.

Il y a eu les premières visites, quelques coups de fils, des messages adorables, y compris sur hellocoton… La joie, le bonheur, étaient si communicatifs, une naissance est toujours un beau moment de partage.

Il y a eu la douleur. Les points qui commencent à tirer, les contractions, et l’impression d’avoir été passée à tabac, conséquence d’un accouchement assez violent. La fatigue par-dessus, et la faiblesse extrême due à une anémie. Rien d’exceptionnel pour une accouchée, mais le moral a commencé à flancher. Chaque passage dans la salle de bain était une épreuve, mon corps ne m’appartenait plus, je ne le reconnaissais pas, j’avais peur.

Il y avait pourtant toujours cet émerveillement devant ce petit être sorti de moi. L’étonnement permanent, qui est toujours d’actualité. J’ai passé des heures à la regarder, à la manger des yeux, à m’attarder sur chaque détail, chaque petit doigt, chaque petit morceau de cette jolie poupée. Ma fille ? Mais comment est-ce qu’on a fait ?

Il y a eu ces nuits où nous avons pris nos marques. L’air de rien, l’Homme dépliait son lit de camp chaque soir, et le droit exceptionnel de passer la première nuit avec nous s’est prolongé les nuits suivantes. Il n’était pas question pour moi de rester seule, il n’était pas question pour lui de nous laisser, et le personnel a très gentiment fermé les yeux. Nous formions une bonne équipe, moi opérationnelle pour le biberon du milieu de la nuit, lui réveillé pour celui du petit matin, lorsque j’étais à peine capable d’ouvrir un œil.

Il y a eu le premier bain, donné par un papa attentif et attendri. Les premiers regards qui se prolongent un peu. Les premiers fous rires devant cet étonnant petit bout de bébé. La découverte ne faisait que commencer, et l’aventure s’annonçait passionnante.

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Il y a eu cette dernière nuit, qui a tout fichu par terre, qui a inauguré une longue série de larmes et de découragement. La dernière nuit, alors que mon homme était rentré à la maison pour préparer notre retour, je l’ai passé à bercer un bébé inconsolable et douloureux. Même la puéricultrice appelée au secours a laissé tomber, et m’a plantée là, ma fille hurlante dans les bras. « Tâchez de l’endormir » m’a-t-elle lancé. J’ai appelé mon mari à 6h du matin pour qu’il vienne, il est arrivé en un temps record et je n’ai jamais été si soulagée que lorsqu’il a franchi le seuil de la chambre.

Et il y a eu la sortie, que je redoutais. Je savais que le retour à la maison pouvait être compliqué, j’avais peur de ne pas savoir lui donner le bain ou lui préparer un biberon correctement. La suite a montré que rien de tout ça n’a posé problème. Mais ce jour-là, j’ai quitté cette chambre avec appréhension, alors même que j’avais conscience de la nécessité absolue de retrouver le calme de chez nous. Parce que, sans vouloir blâmer les équipes médicales, les portes qui claquent à toute heure, les allées et venues dans la chambre, le bébé réveillé n’importe quand pour des soins, tout ceci est loin d’être idéal pour un nouveau-né. Malgré tout je me suis sentie comme protégée du monde extérieur durant ces quelques jours, et la sortie me faisait un peu peur, sans compter que partir avec un bébé sous le bras rend les choses infiniment concrètes.

Ces quelques jours n’ont pas été roses, loin s’en faut. Mais ils ont été magiques tout de même. Finalement, la maternité est faite de paradoxes, durant la grossesse mais aussi après la naissance. Et le séjour à l’hôpital ne fait pas exception : difficile et fatiguant, heureux et hors du temps, j’en garde les pires souvenirs comme les meilleurs. Nous y sommes entrés à deux, nous sommes sortis tous les trois, une famille toute neuve. Ces quelques jours sont le trait d’union entre l’avant et l’après, et si j’ai eu souvent l’impression depuis d’avoir laissé une part de moi dans la salle d’accouchement, j’ai aussi la sensation, lorsque je repasse devant ces fenêtres, d’y être née, moi aussi. Devant ce bâtiment je vois nos silhouettes se presser vers l’entrée, une nuit d’avril, et j’ai envie de leur dire adieu, car je sais qu’une fois la porte franchie cette fille-là ne sera plus. Dois-je en porter le deuil ou me réjouir de cette métamorphose ? J’avoue m’être souvent posé la question. Finalement, il n’y a pas que ma fille que je dois apprendre à connaître…

15 réflexions sur “Mon séjour à la maternité, ou la fin de cet autre moi…

  1. C’est très beau, j’ai toujours beaucoup de plaisir à te lire ce qui devient rare ces derniers temps car je n’ai plus le temps, tu es l’une de celles qui me font vibrer d’émotion!

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  2. Woh ! Je me suis tellement retrouvée dans tes ressentis ! C’est tellement merveilleux, surprenant mais il n’y a pas que du positif finalement (même si celui-ci nous fait oublier le négatif) un
    paradoxe inévitable je pense pour toute maman.

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    1. Je me sens moins seule alors 😉 On entend toujours que « c’est que du bonheur », et du coup on se demande s’il est normal de ne pas être constamment dans un état de béatitude!

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  3. J’adore ton style, ta façon d’écrire, c’est toujours très beau, très vrai, très touchant… Là encore tu me touches, tu me rappelles des souvenirs, de mon premier séjour, de mon second séjour,
    cette entre-deux si curieux, si étrange, qu’est le court passage à la maternité, où nous sortons différents de lorsque nous sommes entrés…
    Très très beau ; ce sont, de toute façon des souvenirs, qui sont précieux, et que tu fais bien de coucher sur le papier 🙂

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  4. Bonjour, j’ai découvert votre blog grâce à so busy girls. Et je l’ai entièrement dévoré ( mon aprem avachie dans le canapé à tout lire) Je me suis pas mal reconnue dans les premiers postes « la
    vision de la maternité », « la conception » car c’est ce que je vie en ce moment. J’aime beaucoup votre façon d’écrire. Merci pour ce blog qui m’a permis de me sentir moins seule dans mes
    questionnements permanent.

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    1. Bienvenue Mélissa! Je suis touchée, très touchée, merci! C’est super de savoir que j’ai pu accompagner quelqu’un dans cette belle aventure qu’est la maternité, moi qui ai souvent puisé dans les récits des autres pour répondre à mes questions.

      Je croise les doigts pour que votre souhait se réalise, belle grossesse à vous 😉 Et à très vite! (ah oui, parce que maintenant il faut me tenir au courant!!)(et me tutoyer!)

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  5. Merci pour tes souhaits. Bien évidement je te te tiendrais au courant, je pense qu’en temps voulu comme toi j’ouvrirais un autre blog uniquement sur le sujet, pour ne pas transformer mon blog
    actuel en journal de grossesse. Et j’espère un jour participer à la rubrique une mère en questions ! Encore merci. Je commence la lecture de ton autre blog 😉

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