La bipolarité de la mère

Ces derniers temps, je prépare souvent des articles dans ma tête, articles que je n’ai jamais le temps de rédiger vraiment, encore moins de publier. Quand j’ai un moment, je suis bien en peine de m’en souvenir, sans doute car une moitié de mon cerveau se repose pendant que l’autre reste en éveil (merde, je suis en train de me transformer en dauphin !).

Bref, je m’aperçois tout de même que si je pouvais publier chacun de ces articles, vous vous feriez sans doute du souci sur ma santé mentale… « Elle est complètement bipolaire, c’te pauvre fille ». Et vous auriez sans doute raison.

On dit qu’il y a des jours avec et des jours sans. Si seulement. Mes montagnes russes à moi ont une fréquence plus propice au vertige, avec une descente toutes les dix minutes environ. Bon, j’exagère, mais je m’explique.

Il y a ces moments merveilleux où je la regarde, ébahie de la voir si belle, si pleine de vie, où je me dis que je n’ai jamais rien regardé d’aussi beau de toute ma vie.

Il y a ce moment où elle se met à hurler parce que je lui enlève mon téléphone des mains.

Il y a ce moment où je la regarde explorer sa chambre, jouer, marcher à quatre pattes et se redresser, et où je constate tout ce qu’elle a appris.

Il y a ce moment où ça dégénère, où elle devient incontrôlable, où il faut chercher comment désamorcer cette boule d’énergie et de colère.

Il y a ce moment où elle me regarde et me sourit dans son bain, puis se remet à tout éclabousser en riant.

Il y a ce moment où je m’énerve parce qu’elle retire son pied du pyjama pour la quatrième fois en pleurant, où elle cogne et se tord.

Il y a ce moment où je la prends dans mes bras, où je lui dis que je l’aime, où je sens son odeur dans son cou.

Il y a ce moment où elle râle non stop jusqu’à ce que je n’en puisse plus (c’est rapide en général, mon seuil de tolérance est au plus bas).

Il y a ce moment où je la contemple, endormie, et où je pleurerais d’amour.

Il y a ce moment où elle se met à crier au milieu de la nuit, pile au moment où je sombre enfin dans le sommeil.

Il y a ce moment, dans le noir, où je sens que sa petite tête s’abandonne dans mon cou, où je sens son souffle s’apaiser, où elle est mon tout petit bébé.

Tout bascule d’une minute à l’autre. Ma fille est belle, merveilleuse, intelligente, éveillée, drôle… et gonflante, capricieuse, colérique. Un instant je me demande de quoi je me plains, l’instant d’après je me rappelle à quel point je suis à bout. Rien au monde ne me séparerait d’elle, et pourtant j’ai parfois envie de m’enfuir quelques heures.

Je pourrais, dans la même journée, vous écrire en pleurant des mots gris et ternes, et d’autres bien roses et bien sucrés comme on les aime. Je vous ferais un bilan de neuf mois difficiles et éprouvants pour tous les trois, et je vous écrirais quel bonheur ce petit soleil a mis dans nos vies depuis sa naissance. Je vous dirais que nous n’avons jamais eu plus de deux jours calmes d’affilée, mais aussi tout ce qu’elle a appris, tout ce qu’elle a souri, tout ce qu’on a ri. Vous pourriez vous y perdre, ou peut-être au contraire vous y retrouver. Si le temps revient, ou bien s’il s’arrête, vous êtes prévenus : ça n’aura ni queue ni tête.

bp

8 commentaires sur “La bipolarité de la mère

  1. Ce que tu décris c’est ce que tous les parents vivent en fait 🙂 On dit souvent « rien n’ai jamais acquis », on croit que c’est bon et puis non ils nous sortent un autre problème à gérer… Au fur
    et à mesure tu arriveras à développer des techniques pour gérer son caractère propre à elle : et je l’espère une explication de la psychomotricienne si elle confirme un problème de ce côté là.
    Mais je te le dis franchement là en lisant ton article, tu décris exactement les humeurs de toutes les mamans, en tout cas les miennes : les hurlements quand on enlève un jouet, la jambe qu’il faut
    remettre dans le pyjama 15 fois de suite… Imagine en plus un TJ de 4 ans qui n’en fait qu’à sa tête, LOL : heureusement qu’on les aimes hein ! 😀
    Ce dont on a besoin c’est du temps un peu pour nous sans les bébés et ça va toujours mieux après ♥.

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    1. Heureusement qu’on les aime, oui!

      Je n’ai pas pris les exemples qui me conduisent chez la psychomotricienne, c’est sûr que la jambe qui sort du pyjama ne m’inquiète pas tellement 😉 C’est un tout, un comportement un peu extrême, qui a même fait que le pédiatre a renoncé à terminer l’examen… Après je pense qu’effectivement je suis à bout de patience, et que certains trucs me mettent hors de moi mais n’ont rien d’exceptionnel!

      Mais sinon, non, j’imagine mal le grand qui fait des siennes EN PLUS lol 😉

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  2. Je me reconnais beaucoup dans ton article. Nous ressentons tous cela a un moment ou un autre. C’est tout l’art (difficile) d’être parent, ma belle.
    Il faut du temps pour que chacun trouve sa place, son rythme.
    Heureuse que tu aies pu trouver quelques minutes pour écrire ce bel article!
    Bises à vous trois.

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  3. Coucou la plus belle des mamans!! ça fait un bout de temps que je te lis. Depuis l’été, j’ai été enceinte pour une première fois qui n’a pas marché donc que pendant le repos d’après, … une
    deuxième qui n’a pas marché non plus… et ma troisième en route en 3eme mois maintenant. Tu sais quoi? Ni bipolarité, ni extrêmes, ni montagne russe… une mère. Magnifique. Tu pense que parce
    qu’on lis pas dans des autres blogs, ça n’arrive pas pareil aux reste de mamans? Je pense que au final, ce qui reste c’est ce qu’on choisi de se souvenir. C’est qui reste c’est notre choix. La vie
    est faite des pôles opposés, à nous de choisir ce qui nous définit. à nous de choisir qu’est ce qu’on veut se souvenir. 🙂 Moi je pense que je serais partant de prendre que le meilleur! Bisous et
    courage!

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    1. Merci pour ce joli message! Je te souhaite le meilleur pour ta grossesse, et pour la suite 😉

      Tu as raison, on ne garde que ce qu’on a envie de garder, et c’est clair que les bons moments sont ceux qui resteront!

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