La reine des sables

Je me souviens m’être posé mille questions, avant. Sur à peu près tout. L’une d’elle était « comment on sait qu’il faut passer de la nacelle à la poussette ? ». La réponse finalement est venue toute seule : c’est le bébé qui décide, et il sait faire savoir quand il est temps de changer.

Chez nous, la promenade c’est facile : la petite route du village fait une grande boucle du bord de la rivière jusqu’à notre maison. On appelle ça « faire le tour de la vallée », et on y croisait une autre poussette l’année dernière encore. C’est le grand classique. Au début, on allongeait la puce dans sa nacelle, et à peine le portail franchi ses petits yeux se  fermaient… C’est moi qui profitait le plus du paysage. Puis elle a ouvert les yeux de plus en plus longtemps, allongée sur le dos elle pouvait voir les arbres, le vent dans les feuilles, les nuages et les oiseaux. Puis, vers deux mois, elle a commencé à râler.

Vers trois mois il a fallu sortir la poussette, même si la puce ne se tenait pas encore très bien dedans. Elle voulait voir le monde autour d’elle. Au fil des mois, elle a découvert la rivière, puis les poissons qu’on voit depuis le pont. Et gare à ses parents s’ils faisaient une halte ! Il fallait rouler, rouler, sans s’arrêter. Elle a détaillé chaque pierre de chaque mur du village, elle connaissait la route par cœur.

Et puis, en début d’année, elle a commencé à râler de plus en plus, dès la moitié du tour. Ça ne l’amusait plus. Elle commençait à bien maîtriser le quatre pattes, elle ne voulait plus rester immobile. Alors, un jour de beau temps, j’ai garé la poussette, et je suis descendue sur la plage. Et elle a découvert le sable, engoncée dans sa combi bien chaude. Depuis, les haltes se sont multipliées, le soleil s’est fait plus chaud, et aujourd’hui la poussette ne sert guère qu’à descendre au bord de l’eau, quand on ne s’arrête pas juste en rentrant d’une course, en voiture. Terminé la marche monotone, et les vingt kilos de poussette à remonter en haut du village à bout de bras !

Maintenant, je pose la puce sur la plage, pieds nus dans le sable si le temps le permet, et je la regarde s’approprier ce cadre qui sera pour toujours « chez elle ». Elle arpente le sable à quatre pattes, range quelques cailloux, les goûte un peu aussi, s’en sert pour faire de la batterie. Elle prend du sable dans ses petites mains, les lève bien haut et fait de la pluie. Elle cherche son petit pied que j’ai enfoui sous le sable, creuse, le remue pour le retrouver. Se redresse, retombe sur les fesses, me sourit, glisse un caillou dans mon sac, un petit coquillage dans ma main. La promenade ? C’est pour les bébés. Ma grande boulette joue, explore, remue dans tous les sens, elle prend l’air activement. Puis redevient ma toute petite, la tototte dans la bouche, épuisée, au moment de la sieste. C’est qu’une heure peu passer sans qu’on la voie filer ! Et moi je suis au spectacle, je profite du soleil, je fais de la pluie aussi, et remercie la rivière qui a exaucé mon souhait, un beau jour d’été.

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4 réflexions sur “La reine des sables

  1. Je vous imagine bien près de l’eau claire, toi la regardant grandir et elle découvrant de plus en plus de choses. C’est un beau tableau que tu nous décris là! On n’a envie d’être à vos côtés.
    Grosses bises de nous deux.
    ps – J’ai déjà regardé les horaires de trains!!!

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