Une minute suffit

On le dit souvent, mais il faut sans doute le vivre pour mesurer à quel point c’est vrai. Une minute suffit. Trente secondes même. Autant vous rassurer tout de suite, cette histoire finit bien ! Mais elle aurait tout aussi bien pu être nettement plus dramatique. Ceux qui me suivent sur Instagram en ont eu un aperçu.

Lundi 14 juillet. Un bébé fatigué après un week-end de mariage, tout le monde un peu à la masse en fait, et du monde à la maison. Nous étions tous les trois dans le salon, la petite venait de finir son goûter, et j’ai pris mon téléphone. L’homme faisait du bruit avec la puce, je me suis éloignée. « Je suis au téléphone » « Ok ».

Normalement je serais sortie du salon en enjambant la barrière.

Normalement il aurait compris que j’allais téléphoner à l’étage pour être tranquille.

Normalement je lui aurais fait signe que je montais.

Normalement, la petite n’aurait pas pu me suivre, et quand bien même il l’en aurait empêchée.

Normalement.

Oui mais voilà, quelqu’un avait enlevé la barrière, je suis montée sans rien dire, il n’a pas compris que j’étais à l’étage et la petite a filé derrière moi, tellement vite qu’il a cru qu’elle m’avait rejoint dans la pièce d’à côté.

J’étais au téléphone donc quand j’ai entendu ce bruit. Un bruit qui tourne dans ma tête sans arrêt depuis. Un bruit de chute. Long. Puis le bruit de la barrière, poussée contre le bas de l’escalier. Je n’ai pas eu peur tout de suite, persuadée qu’elle était avec son père. Mais j’ai compris qu’elle avait sans doute loupé une marche.

C’est là que j’ai entendu le cri de mon mari. Il a crié « Non, non ! » quand il a compris que notre fille venait de dévaler l’escalier. J’ai jeté le téléphone, je suis descendue, persuadée de la trouver toute cassée. Glacée. Parce que ces escaliers, on s’en méfie depuis le début. Des marches très hautes, en béton, avec un radiateur en fonte pour arrêter une éventuelle chute, tout en bas.

Pendant quelques secondes, on a paniqué. Elle pleurait fort, on a commencé à se renvoyer la balle. Puis on a stoppé net. Ce n’était pas le moment de s’engueuler. Elle n’avait visiblement rien de cassé, mais son visage bleuissait, elle avait mal, et on craignait pour son crâne. Au téléphone, le médecin du SAMU m’a demandé combien de marches elle avait dévalé. J’ai vu sa sucette au milieu de l’escalier, mon ventre s’est tordu. « Oh, non, au moins 6 ou 7, mais si vous les voyiez ! »

IMG_20140715_142341C’est en attendant l’ambulance que je suis montée chercher des affaires et que j’ai vu son biscuit posé tout en haut. Elle avait grimpé tout l’étage, avant de rater le virage. Parce que l’escalier, elle le monte tous les jours, avec nous. Elle a l’habitude, et arrivés en haut on la porte car elle ne sait pas négocier le tournant. En résumé, ma fille avait dégringolé de tout un étage parce qu’on ne l’avait pas surveillée correctement. Et c’était peut-être grave.

L’ambulancière a été impressionnée par l’escalier, et j’entendrais à chaque compte rendu qui allait suivre la même phrase « Il faut voir les escaliers, paraît-il ». Ouais, il faut voir. Pendant le transport, elle a été rassurante : ma fille n’avait pas de fracture, une bonne tonicité (elle s’est débattue pendant qu’on essayait de lui prendre la tension) et aucun signe de gravité ou d’atteinte cérébrale. Alors j’ai pleuré, tremblé, failli m’évanouir. Un peu soulagée, complètement culpabilisée. Là encore, elle m’a rassurée : « Si vous saviez ce qu’on voit, vous n’avez rien à vous reprocher, ça arrive… Et vous avez réagi, tout va bien. »

Dans les urgences blindées de monde, on ne nous a fait attendre qu’une demi-heure. Rien à l’examen, mais vu les contusions sur le visage on nous a gardées pour la nuit en pédiatrie. Une nuit hachée par les contrôles « pour voir si elle est réveillable », par les pleurs d’une boulette terrifiée dans son sommeil (elle a vraiment eu peur je pense), par mon estomac qui me fait payer la frayeur des dernières heures. Malade, crevée, mais soulagée et reconnaissante qu’il n’y ait rien de plus que quelques bleus et une cheville un peu enflée mais absolument pas douloureuse. Un peu gênée aussi devant l’équipe de pédiatres le matin, à qui j’ai dû expliquer que, oui, elle avait déjà la dent cassée avant, et, non, les bleus sur les genoux ne dataient pas non plus de la veille. Et que, oui, évidemment je savais qu’il fallait mettre une barrière et mettre les produits ménagers hors de portée.

Aujourd’hui la boulette va très bien, elle a encore le nez un peu bleu mais l’énorme bosse du crâne a presque disparu. Le plus gros bleu est celui de la prise de sang, mais elle s’est tellement débattue qu’on a bien failli ne jamais s’en sortir. Et nous, forcément on s’en veut un peu. Même si on sait que tout va très vite, que ça arrive, qu’on aurait aussi bien pu se contenter de frôler l’incident en l’interceptant au milieu de son ascension. Il n’empêche qu’on a conscience qu’en une trentaine de secondes on aurait pu perdre notre fille. Ou la retrouver avec des blessures qui auraient laissé des séquelles, qui auraient changé sa vie. Oui, il suffit d’une minute, de quelques dizaines de secondes. Les accidents domestiques sont la première cause de mortalité chez les petits. Alors on les prend, ces dizaines de secondes, pour remercier les petits anges qui ont pris le relais pour protéger notre bébé.

12 commentaires sur “Une minute suffit

  1. Pfiou, tu écris bien. Je me suis revue ce we quand petite citrouille est tombée la tête la première du canapé. C’est juste le canapé, je ne saurais imaginer ta peur devant ces escaliers, devant ce
    biscuit retrouvé et sa sucette.
    Ne t’en veux pas trop, tu vas redoubler de vigilance, tu aimes ta puce et elle le sait.
    Courage

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    1. Ben tiens, hier elle est tombée du fauteuil… mais elle a mis les mains, faut croire que le métier de cascadeuse commence à rentrer!! Le pire, c’est que ça n’a pas l’air de leur servir trop de leçon, la mienne ne fait toujours pas gaffe quand elle est à l’étage (mais nous, on fait doublement attention pour le coup!!)
      Merci 😉

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  2. Les escaliers c’est l’horreur ma belle. Je n’ose imaginer votre frayeur et l’angoisse qui a suivi. On se sent coupable, et pourtant nous sommes tous logés à la même enseigne. Une seconde
    d’inatention est si vite arrivée, c’est angoissant.
    Je remercie moi aussi les petits anges qui protègent nos bambins. Ils sont quand même bien efficaces, quand on y pense.
    Tonio ne nous a pas encore dévalé l’escalier, mais il y a 3/4 mois, il avait quand même réussi à sortir seul de son lit et se tenait derrière la porte, juste avant l’escalier, qu’il n’arrivait pas
    à ouvrir(heureusement). Sinon, il est assez friand de porter à sa bouche, tout ce qui se trouve à portée de main. La dernière fois c’étais un morceau de verre, on a eu chaud!!

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    1. Oui, d’après ce que j’ai entendu par la suite je me rends compte que ça arrive souvent… n’empêche, tu verras les escaliers… 😉 Les petits anges font en effet du bon boulot!!
      La vache, sortir seul du lit c’est un bel exploit ça! Moi je la mets dans son lit quand je veux être sûre qu’elle ne se fasse pas mal, du coup tu me colles un doute affreux! Pareil pour manger tout ce qu’elle trouve, ça c’est la misère… Elle a même trouvé un vieux biscuits apéro à la plage l’autre jour… erk!

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  3. Froid dans le dos mais tout va bien.
    Merci de nous le rappeler.
    Un jour, on s’est engueulés fort parce que j’étais partie trop vite de la chambre en pensant que l’homme pourrait le surveiller, lui était encore à demi endormi. Camille s’est coincé les doigts
    dans la porte. On s’en est voulu… mais c’était rien.

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    1. Voilà, ça arrive régulièrement, mais la plupart du temps il ne se passe rien, ou rien de méchant… Hier on était à trois mètres d’elle quand elle est tombée. Parfois, surtout quand ils cavalent partout, tu as beau être là… On ne peut pas tout éviter. J’ai vu ça comme un avertissement, j’ai acheté une barrière qu’elle ne pourra pas enlever (parce que celle que j’avais mise elle y arrivait, la merdeuse)!

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  4. Il faut essayer de ne pas culpabiliser, ça nous arrive à tous d’être un peu moins vigilants de temps en temps, là c’est un malheureux concours de circonstances mais vous êtes de bons parents. Ca
    fait effectivement très peur car la chute de l’escalier aurait pu mal finir genre une fracture, au moins maintenant vous n’oublierez plus la barrière de sécurité ! Je compatis en tout cas, quelle
    frayeur cela a dû être quand vous l’avez retrouvée en bas de l’escalier… Des bises à ta puce pour qu’elle se rétablisse complètement !

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    1. Oui, je pensais vraiment qu’elle s’était cassé un truc, sans compter qu’elle aurait pu avoir un traumatisme cranien sérieux… C’est exactement ça : un concours de circonstances, personne n’est parfait mais ce genre d’épisode vient rappeler à quel point il faut rester sur ses gardes… Ce n’est pas moi qui l’ait ramassée en bas, c’est son père, tant mieux je crois que je n’aurais même pas osé la toucher!! Merci 😉

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  5. J’ai beau savoir que tout fini bien, ton récit m’a glacée… j’avais le ventre noué … J’ai pas osé le dire l’autre fois mais oui, je crois qu’on peut remercier très très fort les anges 😉

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  6. Et moi qui me dis de lacher du lest avec les escaliers, que je suis méga parano et patati, et patata…Heureusement, dans ton cas, il y a eu plus de peur que de mal 🙂

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    1. Parfois c’est bien d’être parano 🙂 Je suis plutôt du genre à la laisser faire ses expériences, même si elle tombe un peu, mais pour ce qui est des escaliers je crois que tu as raison d’être hyper vigilante. Oui, heureusement ça finit bien, mais ça calme bien aussi!

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