Quand le sommeil se détraque

luneCelles qui ont suivi nos péripéties parentales depuis le début le savent : la première année de la puce a été difficile. Mais il y a tout de même une chose qui nous a été épargné : les nuits. Évidemment, je me suis levée régulièrement au milieu de la nuit, pour un pleur, une sucette perdue, ou un peu de fièvre… Mais globalement notre fille dort une douzaine d’heures sans problème.

Et puis, le mois dernier, nous sommes partis quelques jours en vacances. Les premiers jours, chez une amie, elle a refusé qu’on la laisse seule dans son lit. Sur le moment, on a trouvé ça plutôt compréhensible qu’elle ait peur de rester seule dans une pièce, dans une maison inconnue… Alors on a laissé faire. On l’a gardée le soir avec nous, et on a dormi près d’elle pour la sieste. Une fois dans notre location, on s’est dit que nous entendre juste derrière une cloison serait plus sécurisant pour elle. Penses-tu. Les cris, les pleurs ont eu raison de nous, et elle a calé son sommeil sur le nôtre pour ne pas être seule. Paye tes vacances, à devoir te coucher à 22h, alors que je rêvais de profiter de notre terrasse vue mer avec mon amoureux pour discuter jusqu’à pas d’heure… Il y a même eu un réveil nocturne en pleurs, et elle a fini dans notre lit. Une première ! Elle n’a jamais dormi avec nous, car elle ne pose jamais sa tête plus de trente secondes, mis à part le soir dans son lit normalement. Le lendemain, elle a voulu dormir dans le lit avec moi pour la sieste, et j’ai cédé, là encore.

Bref, nous n’étions pas mécontents de retrouver notre maison, et, croyions-nous, notre sommeil et nos soirées. Et là, ce fut le drame. Lorsque je l’ai posée dans son lit le soir, elle a réclamé à nouveau les bras. Ça arrive parfois, quand le câlin a été trop court, alors je l’ai reprise. Puis reposée (à sa demande). Et elle a réclamé encore. Au troisième round, elle s’est mise à pleurer, à crier « maman pas dodoooo ! ». Et le monde s’est écroulé. Oh non, pas ça…

Parce que quand je dis que les nuits nous ont été épargnées, ce n’est pas tout à fait vrai. Nous avons eu droit à la fameuse crise du huitième mois, celle où le bébé prend conscience qu’il est une personne distincte de sa mère, et donc qu’il peut se retrouver tout seul. Les angoisses nocturnes sont courantes, et, en théorie, si on le rassure suffisamment la crise passe d’elle-même. Sauf que je me suis levée entre 3 et 7 fois par nuit pendant trois mois, sachant qu’il fallait environ trois quarts d’heure à chaque fois pour la calmer. Et que je venais juste d’en finir à peu près avec les cris de la journée dus à son intolérance. Bref, j’ai failli finir à l’asile. Depuis, les nuits c’est sacré.

À l’époque, c’est une psychomotricienne qui m’a sauvé la vie. Elle m’avait expliqué que la crise du huitième mois était passée, mais qu’il s’était instauré un rituel de la nuit. Preuve en était, entre autres, que la petite ne voulait que moi, pas son père. Il fallait casser ce rituel absolument. Elle m’a donc demandé de laisser faire le papa. « Il va falloir être courageuse, elle va hurler, mais n’y allez pas. Elle n’est pas toute seule, son père est avec elle, accrochez-vous à ça et laissez faire. » Je me souviens encore avoir regardé le cadran du réveil et compté vingt longues minutes de hurlements. Allez, tu l’abandonnes pas, il s’en occupe… Une horreur. Pourtant, dès la nuit suivante, plus de réveil. Il y a eu encore quelques ratés, mais nous alternions avec l’Homme et tout est rentré dans l’ordre. Bénie soit cette femme ! C’est toujours moi qui me lève la nuit, puisque mon mari se lève tôt, mais nous avons appris à reconnaître et à désamorcer un début de rituel avant qu’il ne s’installe.

Bref, ce soir-là, quand je suis descendue, la mine déconfite, et que j’ai dit à mon mari qu’elle refusait le lit, il a compris qu’il allait falloir en passer par là. « Va prendre une douche » m’a-t-il dit. Sous-entendu : c’est le seul endroit où tu n’entendras pas trop les cris. La suite ? Il a été d’une patience surhumaine. Une heure quinze. Cela a duré une heure quinze. Des hurlements déchirants, des « mamaaaaaan » à fendre l’âme, puis le calme dans ses bras, les cris à nouveau quand il voulait la poser, à moitié endormie. Il n’a pas élevé la voix, est resté doux et calme. Mais ferme. Lui a expliqué encore et encore qu’elle était dans sa maison, dans son lit, que tout allait bien. Qu’il fallait s’allonger, qu’il ne le reprendrait pas aux bras, qu’il restait à côté encore un peu. Puis qu’il allait sortir de la chambre. Entre temps je me suis enfermée avec la centrale vapeur pour couvrir le bruit, et je repassais en pleurant, le ventre tordu de l’entendre m’appeler.

S’il n’avait pas été là, je n’aurais pas tenu. Et à l’heure qu’il est j’en serais sans doute à dormir avec ma fille pour éviter les crises. Je peux tellement comprendre ces mères qu’on dit trop « faibles », qui ont renoncé et font avec les moyens du bord. Ces mères qu’on critique. Bordel, il faut le vivre pour le comprendre. J’ai un homme formidable, et je n’ai pas à me lever à l’aube pour aller bosser, ça aide. Sans ça, j’aurais capitulé, une fois, puis deux… Il le sait, et il a pris totalement le relai les jours suivants. Y compris pour la sieste. Mon boulot consistait à me boucher les oreilles. Trente minutes le second soir, dix minutes le troisième.

Entre temps je me suis un peu renseignée et j’ai trouvé deux choses : un élément perturbateur comme des vacances entraîne souvent des troubles du sommeil chez les tout-petits, et deux ans est un âge délicat en matière de sommeil. C’est à la fois l’apparition des peurs et des cauchemars, et la phase d’opposition et d’affirmation. Comme si refuser de dormir revenait à s’affirmer et à prendre un certain contrôle. En gros, rien ne disait que les crises n’allaient pas s’installer durablement. Les meilleurs conseils que j’ai lus : rester calme, expliquer, rassurer, et être ferme. Revenir dans la chambre si l’enfant pleure, mais attendre un peu plus chaque jour, dix minutes maximum. Je suis archi contre laisser un enfant pleurer plus de dix minutes de toute façon. Lui laisser une marge de décision : si tu ne veux pas dormir, tu peux jouer dans ton lit, c’est toi qui vois. De cette manière, on lui laisse en partie le contrôle. Et surtout : à partir du moment où on lui dit qu’on ne reviendra plus, s’y tenir.

Comme elle se réveillait en pleurant la nuit, nous avons tenté d’appliquer ces conseils. Après que son père lui ait dit qu’il ne reviendrait pas, c’est donc moi qui y suis allée. J’ai à mon tour expliqué, je l’ai laissée dans son lit, je suis sortie, puis je suis revenue et lui ai expliqué encore. Qu’elle pouvait très bien jouer avec son doudou et ses peluches si elle n’avait plus sommeil, mais que son père et moi allions dormir. Qu’on ne viendrait plus jusqu’au matin. Les pleurs ont diminué. En une semaine, nous avons réussi à endiguer la crise. Elle peut encore se réveiller la nuit, mais elle discute avec ses copains comme avant, puis se rendort seule.

Nous voici donc revenus à la normale : elle réclame son lit le soir après un bref câlin, puis s’endort assez vite jusqu’au lendemain matin. On la couche entre 20h30 et 21h, elle se réveille entre 8h30 et 9h. Et j’ai bien conscience d’avoir de la chance. Je n’imagine pas une seconde ce que vivent les parents dont les enfants ne veulent pas dormir, jour après jour, mois après mois. Je n’aurais pas cette force. Peut-être que les conseils cités plus haut pourront aider une ou deux personne, même si chaque situation est différente. Sinon j’en ai un dernier : quand ils seront adolescents, passons l’aspirateur devant leur chambre à 8h du matin. Ils l’auront bien mérité !

chouette

9 réflexions sur “Quand le sommeil se détraque

  1. Je vais essayer d’appliquer ces conseils avec ma 2 ans qui dort bien seulement une nuit sur deux…
    Et comme mon homme a un sommeil d’ours en hibernation, c’est toujours moi qui me lève. Je t’avoue qu’au bout de 26 mois, je suis un peu épuisée de me réveiller encore 2, 3 ou 4 fois ces nuits-là, surtout en mettant une heure pour me rendormir à chaque fois…
    J’espère que ton numéro 2 sera aussi une marmotte 🙂

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    1. Ah je connais ça, quand tu mets une heure à te rendormir… et qu’elle se réveille à nouveau! J’ai souvent comparé ça à de la torture, je ne vois pas d’autre mot…
      Après la mienne se réveille régulièrement, mais tant qu’elle ne pleure pas je n’y vais pas, elle discute un peu et se rendort… bon ça me réveille au passage, hein!
      J’espère que ça va rentrer dans l’ordre pour toi 🙂

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      1. Cette nuit a été un parfait exemple de ça… Elle s’est réveillée en pleurs à 4h. Je l’ai prise 10 minutes dans notre lit (je sais que c’est une faiblesse, mais c’est ce qui marche le mieux) avant de la remettre dans le sien. Je n’ai pas réussi à me rendormir avant 5h. Et là… Elle est arrivée dans notre chambre… J’ai cru que j’allais pleurer!
        A nouveau, elle s’est couchée entre nous. Puis je l’ai reposée dans son lit. Et j’ai mis encore une bonne demi-heure à m’endormir. Autant dire que ce matin, je suis naze…

        (Et c’était moi aussi « zazoucomète ». Petit problème de configuration avec différents comptes et mon nouveau blog ^^’)

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        1. Je ne parlerai pas de faiblesse, c’est tellement difficile à gérer qu’on fait comme on peut, et parfois on va à la facilité, un peu comme les dessins animés 😉
          Nous c’était cette nuit, elle s’est réveillée en pleurs et à recommencé le cinéma qu’on pensait terminé… sauf que j’ai pété un plomb et hurlé à 2h du matin. Là question faiblesse, on est au top. C’est mon mari qui a géré, pendant une heure, très calme. Ah je me suis bien sentie merdique comme mère encore! 😉

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          1. Je comprends tout à fait… C’est mon cas bien souvent ^^’
            Allez courage! On est toutes dans le même bain après tout, non? (Dis oui! :p)

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  2. Quand j’ai vu le titre de ton post, je me suis dit « putain, on est encore trop connectées elle et moi » (j’ai préparé un post sur le sommeil depuis des lustres qui traine dans mes brouillons), mais effectivement, mes petits problèmes de sommeil ne sont pas grand chose par rapport à ça !
    Je me souviens que ma soeur, quand les enfants étaient petits, refusait de partir en vacances ou même dormir une nuit ailleurs car les enfants faisaient la java au retour … Exactement pareil … Comme tu le dis, je crois que c’est assez fréquent mais je comprends que ça doit être assez terrible à vivre et qu’on doit se sentir complètement dépassés, impuissants, épuisés (rayez la mention inutile)… Mais tu sais quoi ? Je crois que ton homme et toi, vous êtes 2 parents au top … Une vraie équipe de choc ! Gros bisous

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    1. On est connectées, ça c’est clair 😉
      On va faire comme ta sœur jusqu’à nouvel ordre je pense, parce qu’on est déjà au bout du rouleau, pas besoin d’en rajouter! Déjà qu’on ne sort pas le soir… bref!
      C’est gentil ma belle, franchement en ce moment je me sens plutôt minable comme mère, avec le bébé aussi d’ailleurs, mais bon… Heureusement que mon homme est là c’est sûr!!
      Gros bisous ❤

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  3. Ouf, je ne suis pas seule…je ne vais pas dire que cela me fait du bien t’entendre que d’autres que moi passent de sales moments mais on se sent moins seule…
    C’est marrant de suivre ton blog, je peux prévoir à l’avance les réactions de ma fille. Elles n’ont que 3 mois de différence.
    je n’ai jamais eu de souci pour le coucher, le bain, le pyjama, le rituel de dire au revoir à tous les copains de la chambre, allumer l’étoile musicale et hop, see you tomorrow!
    Mais on est en plein dedans : crise pour aller dormir le soir, des « mamaaaaaaaaaaaaaaaaaans » à répétition, des « non », je suis perdue…le plus bizarre, c’est que ce n’est pas récurent. Il peut se passer qqs jours entre les « crises » de dodo. Mais quelle résistance, punaise!
    Et pourtant, je préviens, j’annonce, j’explique encore et encore mais rien n’y fait.
    J’ai beau essayé de trouver l’élément déclencheur mais je ne trouve pas…

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    1. Si, tu peux le dire. Il y a deux jours je suis tombée sur une conversation twitter de mamans qui n’en pouvaient plus, et ça m’a fait du bien. Non, nous ne sommes pas seules!!!
      Il est possible que l’élément déclencheur soit… son âge! Welcome dans le monde merveilleux du terrible deux 😉 Enfin, je dis, je n’en sais rien, mais courage, je crois qu’on est un peu toutes dans la période difficile. On en sortira vivantes en théorie 🙂

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