Et si c’était la dernière?

sablierCette nuit, mon ventre s’est serré souvent. A un peu plus de deux semaines du terme, cela n’a rien d’étonnant, et que le travail ait commencé ne le serait pas non plus. Pourtant, mon cœur se serre lui aussi à cette idée.

La chambre est en désordre, le coin bébé pas terminé, la déco à moitié finie, les valises sorties mais presque vides. Rien n’est prêt, en somme. Et moi encore moins. Je voudrais que cette grossesse n’ait pas de fin.

Lorsque j’attendais ma fille, j’avais cette même envie de prolonger un peu, malgré l’impatience de la prendre dans mes bras. Je ne pensais pas vraiment à l’accouchement, mais tout était prêt. Je profitais de mes derniers instants, consciente que cela allait me manquer, mais ouverte à cette nouvelle aventure que serait la maternité.

Cette fois, je ne n’arrive pas à me faire à cette idée. L’idée de sa naissance déjà me semble tellement irréelle. Un deuxième enfant… Ma sage-femme me dit qu’il est normal de ne pas du tout se projeter quand le premier prend toute la place, que c’est aussi une façon de lui conserver cette place le plus longtemps possible. Je la crois, mais il y a plus que ça. Une partie de moi à hâte de rencontrer ce petit garçon, dévorée de curiosité, avide de le sentir contre moi, de le respirer, de le découvrir. L’autre partie refuse totalement la fin de cette grossesse.

Hier soir, je me suis couchée les larmes aux yeux, pas de tristesse mais d’inquiétude. Comment vais-je renoncer à tout ça ? Pour ma fille, je savais qu’il y aurait une autre grossesse, un jour ou l’autre. Pas cette fois. J’ai toujours pensé avoir deux ou trois enfants, mais le troisième reste hautement improbable. Mon mari veut à priori s’arrêter là. Quant à moi, si je veux être honnête, j’ai envie d’une grossesse, pas nécessairement d’un troisième enfant. Enfin, tout ceci c’est de la théorie, nous avons eu un démarrage difficile avec la puce, rien ne dit que ce bébé ne va pas nous réconcilier avec les premiers mois d’un nouveau-né. Disons que pour le moment il faut tout de même que je me prépare à l’idée que cette grossesse est la dernière. Ce qui est une source d’angoisse infinie. Une angoisse qui s’est installée lentement mais sûrement depuis que je suis rentrée dans le troisième trimestre, et qui parfois voile un peu tout ce que cette période a de beau.

J’aime tellement être enceinte… C’est une sensation de plénitude incroyable. Jamais je ne me sens si bien qu’avec ce gros ventre dans lequel un miracle a lieu. Il y a un côté sacré à ce qui se passe en silence, à l’intérieur. Et un sentiment de puissance qui en découle. Oui, je me sens forte, comme dotée d’un pouvoir mystérieux. Je porte la vie. Un être humain en devenir bouge en moi, nous communiquons d’une façon magique et chaque petit coup de pied est un émerveillement. Moi, la complexée chronique, j’aime mon corps. Il m’inspire du respect. Quel immense cadeau il me fait.

Alors évidemment on pourrait analyser tout ça, sans avoir besoin de creuser bien loin. J’ai un vide à remplir qui ne date pas d’hier. A quinze ans déjà je mettais un pull en boule sous mon tee-shirt, pour voir, alors même que je tenais les garçons à bonne distance. Avant ma première grossesse, il m’a fallu renoncer à avoir un enfant pour combler ce vide, et j’ai fait du chemin jusqu’à ce jour où un bébé est simplement devenu une envie commune dans le couple. Et puis, surtout, renoncer à une autre grossesse c’est simplement renoncer à ma fertilité, à une partie de ma vie. Et je n’arrive pas à lâcher prise, c’est impossible.

Je parle parfois de l’éventuel troisième, malgré le scepticisme de mon homme. Je m’accroche un peu à cette éventualité, tout en me préparant à ce qu’elle reste une hypothèse. Au fond je sais qu’il y a peu de chance que cela arrive. Alors j’essaie de profiter un maximum de ces derniers instants, sans y parvenir. C’est sans doute pour ça que je n’ai pas vu cette grossesse passer, que je n’arrive pas à me reposer plus d’une demi-journée. Parce que me poser et profiter, c’est admettre. Que la fin approche, la fin définitive peut-être.

Et si cette grossesse était la dernière ? Cela me fait peur. Littéralement. J’ai parfois un sentiment de panique à l’idée d’accoucher, je dis que j’ai peur de souffrir à nouveau, des suites de couche que j’ai très mal vécues la première fois. Pourtant, hier, quand j’ai eu des contractions dans les reins une heure durant, je n’avais pas peur. Je n’avais juste pas envie. J’ai demandé à mon fils de rester encore dans mon ventre, encore un peu.

Et n’allez pas croire que je suis malheureuse à la perspective qu’il naisse. C’est étrange, je dissocie totalement les deux. D’un côté, mon fils va venir au monde, et cela me réjouit, même si je me pose pas mal de questions sur le quotidien avec deux enfants. J’ai presque envie qu’il arrive aujourd’hui pour voir enfin à quoi il ressemble. D’un autre côté, mon ventre va redevenir vide, et cela m’est insupportable.

J’ai presque honte d’écrire ça, alors que certaines femmes ne connaîtront jamais cette expérience, alors que certains parents vivent des situations affreuses. J’ai eu deux belles grossesses, sans avoir les attendre, et mes deux bébés sont en parfaite santé. Bien sûr que je suis chanceuse, et bien sûr je remercie pour ça. Mais je ne contrôle pas cette peine qui m’envahi à la pensée que, peut-être, plus jamais…

Le jour se lève, mon ventre ne se serre plus, et mon cœur un peu moins, comme à chaque fois que j’écris ce qui me fait peur. Je vais terminer ma valise, ranger un peu la chambre et le coin du bébé, préparer son arrivée imminente. Hier et cette nuit, je crois qu’on m’a lancé un avertissement. Il faut que tout soit prêt. Je le sens bien en plus qu’il n’a plus du tout de place cet enfant, que mon corps est de plus en plus douloureux, qu’il est temps. Qu’il voudrait bien me faire ce plaisir, mais qu’il ne tiendra plus très longtemps. Je lui ai dit que je serai très heureuse quand il sera dans mes bras, que le manque du ventre ne regarde que moi. C’est vrai, j’ai un problème avec ça. Mais lui… je l’attends, sans réaliser vraiment, mais je l’attends avec joie. Mon bébé sera bientôt là !

19 commentaires sur “Et si c’était la dernière?

  1. Tu m’as émue jusqu’aux larmes… (c’est pas bien de faire pleurer une femme enceinte ^^) ! Ton billet est très joli… et énormément touchant. Je comprends ce que tu peux ressentir même si je n’en suis pas encore là (5ème mois)… car je l’imagine. J’imagine être pressée de le voir ce petit bout et en même temps, j’adore être enceinte. Je n’aurais jamais imaginé ça, il y a encore 6 mois… Tout va bien se passer. Son sourire te fera tout oublier ❤

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    1. Désolée de t’avoir fait pleurer 😉
      Sur la fin, on est souvent partagée entre l’impatience de le voir et l’envie de faire durer (enfin, quand on aime être enceinte, ce n’est pas toujours le cas et ça se comprend!), et j’ai souvent entendu qu’ensuite on est toute entière tournée vers ce nouveau bébé. Dans mon cas c’est plus compliqué, j’ai été heureuse comme pas possible de découvrir ma fille, mais la sensation de ventre vide a duré… deux ans pratiquement. Bref, nous verrons bien! Une belle grossesse à toi 😉

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  2. J’ai ressenti tout comme toi. d’ailleurs l’envie d’un deuxième enfant était plus l’envie de retomber enceinte et revivre ces moments géniaux. contrairement à toi ma deuxième grossesse ne s’est pas spécialement bien passée . bcp de nausées, de stress de douleurs et de contractions. je reste avec un souvenir un peu amer de cette grossesse et je crois qu’au final ça n’est pas plus mal. ça me bloque un peu sur un éventuelle 3 ème ( même si tout comme toi pour le papa c’est niet). une fois bébé la et avec le deuxième en plus on a pas vraiment le temps de penser, de déprimer et de repenser aux choses avec nostalgie. tu es pris dans un tourbillon et tu suis le mouvement. j’espère dans un sens que cela fera pareil pour toi. que tu te sentiras comblé avec tes deux enfants. Allez au boulot, finis tes préparatifs comme ça c’est fait et tu pourras vivre tranquillement ces derniers jours de grossesse ❤

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    1. Pareil, c’était plus l’envie d’être enceinte que l’envie d’un second bébé qui m’a fait franchir le pas! Et j’ai aussi le sentiment que cette grossesse aura été moins sereine, car le contexte est plus stressant, et s’occuper d’un petit en plus n’arrange pas les choses comme tu le sais. J’espère aussi que cela se passera comme ça, que le tourbillon m’empêchera de penser… mais dans quelques années? On verra bien.
      Merci pour ton message, bises ❤

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  3. C’est tout à fait humain ma belle. Pas de culpabilité surtout. D’autres ont d’autres peines à gérer. Tu as la tienne. Tu as tes doutes, tes espoirs. Ils t’appartiennent. Chacun les gère comme il ou elle peut.
    Tu sais il m’a fallut du temps pour accepter que j’allais être maman d’un enfant unique, moi qui rêvait d’une grande famille. Comme toi à 15 ans, j’avais ce désir viscéral d’enfant, alors même que les garçons ne m’intéressaient pas du tout. Certains me disent que j’aurai d’autres enfants, je n’en suis pas sûre.Doucement j’apprends à faire mon deuil moi aussi. C’en est un. Il faut laisser le temps nous aider à passer à autre chose.
    Prends soin de toi ma belle. Ton petit homme va venir compléter cette jolie famille que vous formez déjà. Laisse les mots glisser sur le papier, évacue tout ça. Tu en as besoin. La vie fait bien les choses, tu verras.
    Je t’embrasse fort et te dis à très vite de vive voix.

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    1. J’imagine qu’on avait toutes les deux très jeunes un vide à combler, c’est drôle… Pour ce qui est d’un éventuel deuxième enfant, évidemment que c’est un deuil à faire, difficile j’imagine, même si, encore une fois, la vie peut te surprendre!
      A très vite au téléphone ma belle ❤

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  4. C’est ma deuxième, et probablement dernière grossesse (l’éventualité tenant chez nous d’un éventuel hasard – genre troisième bébé s’accrochant malgré la contraception – que d’une envie de l’un ou de l’autre). Au début, j’avais du mal à me sentir concernée, ou connectée avec le bébé. Sûrement à cause de mon aînée. Et puis elle a rapidement pris de la place. Elle bouge énormément, se rappelle sans cesse à mon esprit, beaucoup plus que sa soeur lors de ma première grossesse. Une amie a tiré le sonnette d’alarme en me disant « profites-en, puisque tu as conscience que ce sera la dernière. Moi je ne savais pas et je regrette de ne pas en avoir profité ». Alors je me suis un peu forcée, dans les gestes, l’importance de lui parler. Et c’est devenu naturel. J’aurais été triste de ne vivre qu’une grossesse, je me sens finalement chanceuse d’avoir pu en vivre deux. Deux qui, comme toi, sont arrivées sans attendre. Ne te ferme pas la porte d’une éventuelle troisième grossesse, mais n’oublie pas de vivre celle-ci jusqu’au bout, sans regret. Je suis qqun qui vit souvent dans le futur, dans la perspective de choses possibles plutôt que de l’instant présent, et j’ai parfois l’impression d’être passé à côté de certains moments. Je te souhaite une belle fin de grossesse, et une belle rencontre avec ton fils 🙂

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    1. Je me reconnais totalement là-dedans, je vis aussi beaucoup dans la projection et trop peu dans le présent, même si devenir maman a un peu corrigé ça. Oui, j’essaie de profiter de chaque jour qui me reste, c’est du bonus! 😉
      Merci pour ton message 😉

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  5. Coucou la belle, je ne sais que dire devant un article si fort et si poignant, si ce n’est que je pense comprendre tout à fait ce que tu ressens … Pas pour l’avoir vécu par rapport à une grossesse bien sur, puisque ce n’est pas le cas, mais au niveau de ce désir de se sentir « plein » pour ne pas se sentir « vide »… ce qui, somme toute, est assez répandu chez les névrosés comme nous !
    J’imagine que dans quelques semaines, tes questions et tes angoisses seront mises de côté, du moins pendant un temps, balayées par ce petit homme qui va vite prendre une place encore plus grande dans vos coeurs … Quant à l’avenir, qui sait ce qu’il nous réserve ? Je rejoins Marie quand elle dit que la vie fait bien les choses, même si ce n’est pas toujours évident à première vue … Il faut avoir confiance ! Je t’embrasse fort !

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    1. Oui, voilà, entre névrosées on se comprend ma caille ! 😉
      Je sais que je vais avoir un travail à faire, pour cesser de vouloir me remplir à tout prix (ça faisait longtemps, hein).
      je t’embrasse aussi, je suis contente qu’on ait trouvé du temps pour se parler ❤

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  6. bonsoir, j’ai pleuré en lisant ton article, et je me reconnais a travers chaque ligne. j’ai adoré etre enceinte de ma fille et ces 9 mois de grossesse ont été les plus beaux mois de ma vie!!! Bonne fin de grossesse et prends bien soin de toi et de tes bébés.

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  7. Encore un très joli article… Et comme je te comprends… Envie de nouveau de ce ventre rond, envie de nouveau de cette découverte, du petit corps chaud, abandonné contre le mien, mais pas forcément envie d’un nouvel enfant. Ce paradoxe me noue les tripes. Mon petit 4ème est là, c’est le dernier, ma tête me le dit, mais mon ventre hurle de ne plus jamais être rempli. On m’avait dit que ça devenait une évidence, mais ce n’est pas si simple pour moi…

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    1. Quand j’ai lu ton message, j’ai réalisé une chose : je pense que je pourrais avoir dix enfants sans que cette angoisse du ventre vide ne cesse. Tu m’as fait comprendre ça, que l’on recherche la plénitude du ventre (comme tu dis si bien ;)), et c’est différent du désir d’être maman. Je pensais aussi que peut-être il viendrait un moment où je passerai à autre chose, mais ça n’est pas simple pour moi non plus. Mon ventre risque de hurler longtemps…
      Il faut espérer qu’il arrivera un jour où on lâchera prise, simplement.

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  8. Et encore une fois, comme je te comprends…Pour moi, pas de seconde grossesse. Ce n’est pas vraiment un choix, c’est une sorte d’imposition ce qui rend le tout relativement insupportable, moi qui aime tout contrôler.
    Pendant ma grossesse, mon mari n’arrêtait pas de me répéter d’en profiter car ce serait la seule probablement. Et ça me rendait déjà malade. Comme devoir faire un deuil avant d’avoir accouché du premier.
    Et le fait d’avoir accouché 5 semaines à l’avance laisse encore plus un goût amer…Pas pu, pas su profiter comme je l’aurais vraiment voulu.
    Alors, oui, pas de honte. On fait sortir ce qui doit sortir. Ouvrons les vannes!
    On n’a chacun(e) nos fardeaux, nos peines. Il n’y a pas de gradation ni de reconnaissance. On a le droit d’éprouver ces sentiments contradictoires. Cela prouve simplement que nous sommes humains!

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    1. Je comprends, d’un côté savoir que c’est la dernière t’aide à prendre conscience que chaque moment est précieux, mais d’un autre côté cela assombri ces bons moments justement. La puce est arrivée avec juste 9 jours d’avance, et ça m’a déjà donné l’impression d’avoir perdu 9 jours, alors j’imagine à peine ce dernier mois que tu n’as pas eu… Des bises ❤

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  9. Ton article est émouvant au possible et en plus, avec ma chute d’hormones, j’ai versé quelques larmes toute seule comme une idiote en mangeant mon orange et en regardant ma fille endormie dans son couffin.

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