Post-partum : cet après que je déteste tant

Visuel 4Lorsque ma fille est née, après un accouchement plutôt violent, je me souviens de ce moment où j’ai remonté le long couloir de la maternité dans un fauteuil roulant pour arriver à ma chambre. Je me suis dit « Quoi, c’est tout ? ». Tout avait l’air normal, je n’avais pas mal, un enfant venait de sortir de moi mais tout allait bien. Ce n’est que plus tard que j’ai compris ma douleur. Enceinte de mon deuxième enfant, je redoutais les suites de couches plus que l’accouchement lui-même. Et, sous certains aspects, ce fut encore pire cette fois. Laissez-moi vous présenter mon pire cauchemar : le post-partum.

J’ai eu deux accouchements violents. Péridurale inefficace, déchirure, gros bébés, bref je les ai sentis passer. A la maternité, j’ai connu la peur d’aller faire pipi (et la bouteille d’eau à côté des toilettes)(#cellesquisavent), le réveil du second jour où mon corps tout entier n’est que douleur, l’impression d’avoir été passée à tabac, la première douche qui montre l’étendue des dégâts… Puis le retour à la maison, et la sensation d’être vidée de toute énergie et totalement dépassée par les évènements.

La seconde fois, ce fut plus difficile physiquement. Un bébé de plus de 4 kilos expulsé en quelques minutes, ça laisse des traces. On m’a manipulé le coccyx à la maternité, mais je n’ai pratiquement pas pu m’asseoir pendant un mois. J’avais le bassin en miettes, des douleurs permanentes, en plus des douleurs dues aux points et aux contractions (oui, l’utérus se remet en place à coup de contractions, sympa hein ?). Ces douleurs dissipées, je dirais qu’il m’a fallu bien deux mois pour me sentir à peu près comme avant. Et quand je dis comme avant… j’ai encore dix kilos de grossesse et un périnée aux abonnés absents.

Mais je m’attendais plus ou moins à tout ceci, je l’ai donc moins mal vécu. Parce que la première fois… ce fut un choc. Ce corps désormais inconnu, le choc de sentir des points de suture là où personne n’a envie d’en avoir, les articulations qui accusent le coup… Je ne savais pas. Mais c’est surtout psychologiquement que cela a été compliqué. On parle du baby blues, mais on ne sait pas que cela peut prendre de telles proportions. Enfin si, on le sait, mais on se sent à l’abri parce qu’on est tellement heureux d’attendre ce bébé.

Et c’est là que le bât blesse : un enfant, c’est du bonheur. On le désire, on l’attend, on l’aime, il nous renverse. Que du bonheur ? Non, mais c’est ce qu’on entend partout. Alors on se sent une mère horrible parce qu’on pleure. Parce que, parfois, la dépression post-partum prend le relai et qu’on se surprend à ne plus vouloir voir ce bébé. A considérer les clés de voiture en se disant « et si je partais ? ». Bizarrement, lorsque l’on trouve le courage d’en parler, d’autres mères racontent les mêmes histoires, le même mal-être, la même culpabilité. L’envie de hurler sur son bébé, de partir, de pleurer sans arrêt.

La dépression post-partum, c’est un sujet infini à développer, je me contenterai de vous transcrire ce que j’écrivais à l’époque sur mon autre blog : Je n’ai pas fait de babyblues, non. J’ai plutôt tapé dans la dépression post-partum. La différence ? Le babyblues, c’est une femme belle et mystérieuse accoudée au comptoir d’un piano bar enfumé, qui écoute distraitement un morceau de jazz en sirotant un verre de martini d’un air vaguement mélancolique. La dépression post-partum, c’est le japonais qui se fait un syndrome de Stendhal devant Notre Dame de Paris, se roule par terre en arrachant ses vêtements et en hurlant qu’il est la réincarnation de Marie madeleine et qu’il doit être lapidé, et, une fois débarrassé de ses oripeaux, se lacère le visage et les avant-bras avec une miniature de la tour Eiffel en plastique achetée quelques rues plus loin, les yeux révulsés et un air de terreur mystique sur les traits. Ou un truc dans le genre.

Bref, ça se voulait drôle, mais la vérité c’est que je n’ai rigolé tous les jours, loin s’en faut. On est peu préparées à l’après. Et surtout, une fois le bébé né, l’attention se focalise sur lui. Son sommeil, ses tétées, les coliques et autres joyeusetés. Tout le monde se préoccupe de notre santé durant la grossesse, et on a l’impression que tout est terminé. Alors que non, loin de là. On dit souvent qu’il faut 6 à 8 semaines pour se remettre d’un accouchement. C’est la réalité. Pourtant, on dirait qu’il nous faut reprendre notre vie d’avant à peine rentrées à la maison. Je ne parle même pas de l’aspect psychologique, car, on ne le dira jamais assez, l’arrivée d’un premier enfant est un véritable bouleversement. C’est comme si l’on détruisait une maison pour la reconstruire. C’est pour du mieux, certes, mais il faut d’abord tout casser. Non, sans parler de ça, on sous-estime beaucoup les suites de couches.

Même en le sachant, j’ai culpabilisé d’être aussi peu « efficace » après la naissance de mon fils. L’ostéopathe m’a dit « attendez, un bébé de 4.100 kilos et une demie péri… donnez-vous un peu de temps ! ». Plus tard, une énergéticienne m’expliquait qu’en Asie les accouchées étaient beaucoup plus choyées, qu’elles ne faisaient rien pendant de longues semaines, alors qu’en occident on avait tendance à leur en demander beaucoup trop. Je suis chanceuse car j’ai un mari qui prend carrément le relai et s’occupe de tout les premiers temps. Mais il n’avait pas les réponses à mes questions, comment les aurait-il eues ?

Il y a peu, on m’a présenté un site dédié aux nouvelles mamans. Pas un site de plus sur la grossesse ou les soins au nouveau-né, son sommeil et ses premières dents (utiles, évidemment, mais nombreux). Non, un site conçu pour aider les mamans à gérer l’après naissance. Son nom le dit assez bien : le10èmemois.fr. Oui, ce mois additionnel durant lequel notre corps se modifie encore, dans le sens inverse, et où les hormones sont encore folles. J’aime ce titre !

Visuel 7

L’objectif est simple : au travers de témoignages, publiés sous contrôle de professionnels de santé, le 10èmemois.fr répond aux questions que les mamans se posent et les accompagnent dans cette période compliquée. On y trouve l’histoire de ces femmes, qui abordent les sujets que nous n’osons pas toujours aborder, tels que la sexualité après bébé ou l’attachement à son enfant. Tout y est, l’aspect physique et l’aspect psychologique du post-partum, mais surtout il n’y en a que pour nous ! On le mérite bien, non ?

A l’origine de ce site, la marque Bepanthen, que l’on connaît bien quand on est maman (et à qui les fesses de bébé disent merci). Une jolie initiative que j’aurais aimé connaître il y a trois mois, quand je me demandais si je remarcherai un jour ! Et qui m’aurait surtout épargné quelques larmes et pas mal de culpabilité quand ma fille est née. Certains passages peuvent effrayer, c’est qu’il n’y a pas de condescendance, juste des ressentis. Ces phrases m’ont particulièrement parlé : « Et puis, il y a cette mystérieuse disparition du Temps que l’on n’explique jamais totalement aux futures mamans. Dès que vous avez votre bout de chou dans les bras, le temps vous file entre les doigts. (…) Vous aussi, vous disparaissez… du moins, ce « vous » que vous pensiez être. »

Cela m’a rappelé ce que j’écrivais il y a deux ans sur la fin de cet autre moi. On trouve toujours des femmes qui ont vécu tout ceci de façon simple et légère, et on les déteste à peu près autant que celles qui disent « l’accouchement ? oh, ça va, juste une grosse douleur de règles… ». Chez moi le post-partum c’est moche. Très moche. En parler ici était nécessaire. Et découvrir des témoignages m’a apaisée. Non parce qu’en vrai, personne ne fait la brouette thaïlandaise deux semaines après avoir accouché. Non, non, promis. Enfin j’espère ! Non, en réalité, on fait ce qu’on peut pour traverser cette période, et finalement c’est déjà pas mal. Après tout, on a donné la vie, non?

Visuel 5

Et vous, ça s’est passé comment l’après naissance ?

Article partenaire

16 commentaires sur “Post-partum : cet après que je déteste tant

  1. Bon, il va falloir me dire ce que c’est cette histoire de bouteille d’eau à côté des toilettes, tu ne peux pas me laisser comme ça, j’imagine le pire maintenant !!
    Plus sérieusement, c’est chouette qu’un site comme celui ci existe … je crois que c’est courageux et important de réussir à en parler, de ne pas garder tout ça pour soi et surtout, ça permet de voir que c’est le cas de beaucoup de femmes… Ca aide à moins culpabiliser j’imagine ! Gros bisous à vous 4 !

    J'aime

    1. Ah, c’est marrant, je savais que tu allais demander! Non, c’est tout bête, tu vides l’eau en même temps que tu fais pipi, ça évite les brûlures tout simplement 🙂 (c’est glam en plus, ça me fait plaisir de raconter ça, tiens!)
      Oui, ça déculpabilise carrément, et ça aide aussi à relâcher la pression et arrêter de se flageller parce qu’on se sent incapable de passer le balai!

      J'aime

  2. Belle initiative, en effet. Et oh combien nécessaire afin de pouvoir vider son sac, dédramatiser et déculpabiliser de ne pas être la SuperWoman que notre société voudrait que l’on soit.
    Pour ma part, c’est une amie qui m’a sauvée de mon naufrage : « la maternité, ce n’est pas dégoulinant de bonheur ». C’est vrai, c’est cru. C’est censé être beau, ça l’est sous certains aspects « spirituels » mais la réalité nous ramènent un peu trop vite sur le plancher des vaches : douleurs, cris, vomi, caca, bain, biberon, langes, body, kilos en trop, tire-lait, doudou,…florilège de la réduction de notre monde à ce petit être tout mimi gentil toudou. Pardon? Ah oui ou plutôt non, le truc qui pleure tout le temps, qui pue du c.., qui rote et vomit? Oui, c’est ma descendance…et ce à quoi j’en suis réduite, pauvre pourvoyeuse de nourriture et de soins, pour rester polie. Les premiers mois sont éprouvants, vont font regretter de ne pas vous être casser une jambe en vous rendant chez le gynéco vous enlever ce précieux stérilet.
    Mais ça passe…comme tout. Quand j’y repense, j’éprouve de la mélancolie, avec un voile pastel sur les souvenirs douloureux. Mais ces souvenirs font aussi notre force et ces évènements font ce que nous sommes aujourd’hui : des mères, des bonnes mères quoiqu’il en soit. On les aime nos gamins!

    J'aime

    1. Ben heureusement qu’on les aime, sinon on les vendrait assez vite! 😉 C’est vrai qu’on a toujours l’impression que si on se plaint on est une mauvaise mère. Alors qu’on peut tout à fait être mal, en avoir marre d’entendre son bébé râler, ou encore mal vivre les suites de couche sans pour autant renier le bonheur qu’apporte un enfant.
      Et, effectivement, on n’est pas wonderwoman… ou au contraire, si, on l’est, parce qu’après tout on gère beaucoup de choses (même si on a l’impression du contraire!)

      J'aime

  3. c’est marrant, je suis en train de regarder une émission sur le baby blues en même temps que je lis ton article 😉
    j’ai connu un petit baby blues, petit grâce à mon homme qui a bien assuré comme il a pu après le retour à la maison, mais j’ai des petites rechutes encore 1 ans après, des crises de fatigue intense, de ras le bol, l’envie de prendre la voiture (mais je n’en ai plus depuis un an lo).
    Gros bisous

    J'aime

  4. Qu’il est fort et réel cet article sur l’après, l’inconnu, le troublant, le dévastateur.
    J’y suis passée aussi, tes mots/maux font écho en moi …
    Je suis ravie de découvrir cette très belle initiative du 10ème mois parce que ça suffit d’être prises pour des capricieuses et des faiblardes.
    Une chose est certaine, j’admire celles qui, comme toi, on les couillasses d’en refaire un deuxième. Ici c’est niet, je suis vaccinée, dégoutée.
    Mais hauts les cœurs, des articles comme le tien doivent circuler pour qu’enfin les opinions changent.
    Merci

    J'aime

    1. Merci beaucoup, je suis contente qu’il résonne autant 🙂
      C’est quand même dingue qu’il n’y ait pas plus de site comme celui-ci, ça semble tellement logique de se préoccuper des mamans!
      J’avoue qu’avant l’arrivée du deuxième j’étais moyennement enthousiaste, voire carrément effrayée, à l’idée de repasser par tout ça… aujourd’hui je ne regrette pas, mais c’est clair que c’est le dernier! 🙂

      Aimé par 1 personne

  5. C’est bien d’en parler ma belle Laurie. Essentiel. Car trop de mamans s’isolent encore et se sentent coupables alors qu’elles souffrent et qu’elles ont juste besoin de pouvoir en parler, d’être écoutées et conseillées.
    Je vois que tu en as bavé physiquement avec la naissance de ton petit homme. Un accouchement c’est quand même pas un acte banal, c’est douloureux et ça laisse des cicatrices sur le corps. Bien sûr c’est naturel mais ça n’en reste pas moins quelque chose de violent.
    C’est grâce à ma psy que j’ai pu déculpabiliser par rapport à tout ça, à l’attachement à l’enfant un peu compliqué parfois.
    Il faut arrêter de dire que tout est beau et rose. Pour certaines femmes c’est le cas mais pas pour toutes. Toutes les mères devraient être davantage accompagnées. Car comme tu le dis dès le cap accouchement et maternité passé, on ne s’intéresse plus à nous, on nous laisse nous dépatouiller avec une nouvelle vie et il y a beau y avoir l’instinct, on n’y connait rien…

    Grosses bises à vous 4.

    J'aime

    1. Tu le dis très bien : c’est naturel mais ça reste hyper violent pour le corps. Et pour ce qui est de l’attachement c’est pareil, perso c’est quelque chose qui s’amplifie au fil du temps, ce n’est pas forcément l’amour fou qu’on nous vend sans arrêt, à la naissance c’est plus de la fascination, de l’émerveillement… après reste à faire connaissance, même si évidemment l’amour est là.
      Je me demande de plus en plus si c’est vraiment tout rose pour certaines, ou si ce sont juste des femmes complètement dans la retenue ou l’apparence, qui n’avouerons jamais qu’elles en bavent autant que les autres!
      Bisous ma belle ♥

      J'aime

  6. Ton article est superbe le 10ème mois reste encore un sujet peu (trop peu) abordé, il faut en parler pour que les mamans ne se sentent pas horrible comme tu le décris. Tes mots sont justes et déchirants. Je trouve très courageux le fait que tu aies envie d’un second enfant après avoir vécu une première expérience aussi dure.

    J'aime

    1. Oui, je me rends compte avec tous les retours sur cet article qu’en effet, c’est un sujet trop peu abordé. Comme si cela enlevait la magie de la maternité…
      Merci pour tes jolis mots 🙂 Le deuxième a été source de beaucoup de questions et de peur, mais je ne voulais pas d’un enfant unique… je suis heureuse d’avoir mon loulou, mais certains jours sont… compliqués!!

      J'aime

  7. Rholala oui on ce sent tellement vide triste !!!! Je me suis mise a pleurer 3 nours apres etre rentre a la boucherie la honte …. une entrecote svp ouinnnnnnn ouinnnnnn nan mais franchement purer je deteste le apres bebe genre super hereuse enceinte et une fois bebe patatraque ca ma tenue bien 2 mois a chaque foi snif on ce sent tellement mal au secour …

    J'aime

  8. Oui tu as raison, on est pas assez prévenues de l’après.
    Pour ma part, j’ai perdu beaucoup de sang les semaines suivant l’accouchement. Je m’en suis plainte plusieurs fois mais personne ne trouvait cela plus inquiétant que ça.
    Et puis j’ai fait une grosse hémorragie, une hémorragie post-partum, mais deux mois après !
    Pompiers, hôpital, curetage et transfusion ! Super !
    En réalité, j’ai fait une rétention placentaire (merci les contractions pendant deux mois, à chaque fois que je mettais mon bébé au sein c’était juste l’enfer au niveau des douleurs)
    Tout ceci aurait pu être évité avec une meilleure information et une meilleure prise en charge….
    Dur dur la vie de nouvelle maman….

    Je t’embrasse
    Frédérique

    J'aime

    1. C’est quand même fou d’avoir l’air de se plaindre pour rien, surtout dans ton cas… Dans le même genre, je me suis plainte de douleurs au périnée après ma première, sans que personne trouve ça important, résultat après le second ma nouvelle sage-femme doit reprendre sur une base douloureuse qui s’est installée… La joie quoi. 🙂

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s