Ce soir-là… La naissance de mon fils ✰

n2Je vous ai laissés hier aux portes de la salle de travail, ce 15 juin, vers 16h. Nous étions heureux et sereins, la grande était chez super marraine, je venais de terminer la chambre, tout allait pour le mieux. Il va m’être difficile de retracer la chronologie de la suite, car tout s’est accéléré et qu’à l’heure actuelle mon mari et moi ne sommes pas bien sûrs d’avoir tout suivi. On peut dire que notre bébé calme a fait une arrivée un peu fracassante !

16h15. Le monito posé, la prise de sang faite pour la péri, la vilaine blouse enfilée, la main de mon homme dans la mienne, je soufflais lentement à chaque contraction. Il m’a fait rire, je lui ai mis une tape sur le bras (rire pendant une contraction est loin d’être agréable) et le sage-femme est rentré. « Vous riez mais d’après ce que j’ai vu sur le monito vous devez commencer à douiller… » C’était vrai. Les chiffres du monito, mon mari les a gardés en tête. Je les ai oubliés, mais quand il me les a donnés le lendemain j’ai pris peur. Je sais juste qu’ils ont triplé entre le moment où c’est devenu insupportable et l’arrivée du bébé. A ce moment-là, c’était juste douloureux, mais, le souffle aidant, encore supportable. Le col était déjà à 3-4, un vrai bon début.

Je me souviens m’être dit que c’était peut-être mes derniers instants enceinte, de toute ma vie. J’ai pensé « mon bébé, s’il te plaît, bouge un peu, que je sente un dernier coup de pied ». Il m’a entendue je crois, et a remué à ce moment-là. J’ai accueilli cette sensation toujours aussi magique comme un souvenir à graver profondément dans ma mémoire. Cela me manquera tant…

now117h. Alors que je commençais à franchement avoir mal, l’anesthésiste est arrivé pour la péridurale. Un sale moment cette fois encore, non que j’ai senti quoi que ce soit, mais la position accentue la douleur des contractions, et surtout c’est le moment où mon mari sort de la salle. Le sage-femme a pris sa place devant moi, m’encourageant à respirer profondément, je commençais à flancher sérieusement.

Et puis, attendre… 17h20. Dans vingt minutes la péridurale aura fait effet me dit-on. Cinq minutes plus tard, j’ai commencé à avoir peur. Le soulagement a été instantané… d’un seul côté. Non, pas encore… Quand j’ai formulé le problème, personne n’a vraiment réagi, à part mon mari qui se souviens bien de ce premier accouchement, durant lequel il avait entendu les sages-femmes dirent que c’était encore pire question douleur. Je ne le saurai jamais puisque je n’aurai connu que ça. On m’a mise sur le côté, injecté une dose de produit, et j’ai gardé espoir encore une dizaine de minutes… Jusqu’à ce que la poche des eaux se rompe.

La suite… je ne sais plus très bien. Je sais juste que les contractions se sont intensifiées et sont devenues insupportables. Chacune d’elle plus forte que la précédente. Que j’ai complètement paniqué. Je me revois, le regard dans celui de mon mari, en train de chercher mon souffle sans parvenir à me calmer. Je m’entends lui dire « dis-leur d’arrêter ça ». Je n’ai aucune notion du temps qui s’est écoulé comme ça, je sais juste qu’il y avait ces vagues de douleur intenables sur tout le côté droit. Le sage-femme me dirait le lendemain « vous avez employé des mots forts, vous avez parlé de mourir ». Je ne sais plus si j’en avais peur ou juste envie. Quand il m’a annoncé que le col n’était qu’à 6-7, j’ai été sûre d’y passer.

On m’a donné un masque. Le gaz avait une odeur forte, mais absolument aucun effet. J’inspirais de toutes mes forces, sans succès. La douleur est encore montée d’un cran, j’ai commencé à hurler. Et j’ai poussé, sans vraiment en avoir envie, juste pour que ça s’arrête. Ils sont tous arrivés en courant, je me suis mise sur le dos, j’ai senti une douleur vive et j’ai entendu le sage-femme s’excuser. Il m’expliquera plus tard avoir ouvert le col pour qu’on en finisse, parce qu’il voyait que je ne tiendrai plus très longtemps. J’ai poussé, j’ai senti le bébé descendre. Cette sensation de tension extrême, cette douleur, je me suis dit « ah, oui, c’était ça la dernière fois aussi ».

J’ai eu l’impression de ne pousser qu’une fois. Ce n’est pas le cas, m’a-t-on dit le lendemain. Peut-être pas alors, je n’en sais rien. Je n’étais pas vraiment là. J’ai hurlé à en faire trembler l’hôpital tout entier, on m’a forcée à remonter mes jambes sur les barres, on m’a demandé de reprendre mon souffle, j’ai continué à pousser. Je me souviens m’être redressée, je me souviens que quelqu’un m’a plaquée sur la table, peut-être qu’on me parlait mais je n’étais pas là. J’ai juste entendu « la tête est là », et je me suis effondrée comme une poupée de chiffon. C’était fini.

18h44. Lorsque j’ai attrapé mon fils, tout était flou, et je n’ai pas vraiment vu son visage comme j’ai vu celui de ma fille. Je l’ai attiré sur moi, j’ai pris le cordon en même temps donc on m’a demandé de le tenir plus bas. Je l’ai senti sur moi, lourd pour un nouveau-né, je lui ai dit bienvenue, je lui ai dit que j’étais là, je ne sais plus vraiment en réalité. On me l’a enlevé très vite. J’ai arraché le masque des mains de mon mari et je lui ai dit « va avec lui ! ». C’est ma seule vraie hantise, que le bébé reste seul. Il a foncé dans le couloir à sa suite.

S’en sont suivies dix longues minutes sans mon bébé. Très vite, je l’ai entendu pleurer. C’est lui, hein ? Il va bien ? Le sage-femme, occupé à réparer les dégâts, m’a répondu oui, et je l’ai cru, alors qu’il n’en savait pas plus que moi. A un moment, il s’est exclamé « ah oui, quand même ! », puis, devant mon air interrogateur : « vous n’avez pas entendu ? ». Non. Il m’a annoncé le poids de mon bébé. 4kg100. J’ai souri. Je le savais. Mon mari m’expliquera plus tard qu’ils l’ont brièvement aspiré, qu’il a rosit tout de suite, et qu’ensuite ils lui ont fait les premiers soins, ce qui explique ces dix minutes.

J’ai vu entrer mes deux hommes. Mon mari, tout fier mais un peu pâle, avec mon petit garçon enroulé dans une couverture. J’ai enfin pu le poser sur moi, peau contre peau, et le regarder. Est-ce que j’ai réalisé ? Non, toujours pas. Je regardais ce miracle, aussi émerveillée que lorsque j’ai vu sa sœur pour la première fois, mais sans y croire plus que ça. Il m’a semblé immense, il faut dire que les bébés de notre entourage nés cette année étaient tous des poids plume.

Dans mes souvenirs, il n’y a pas le calme qu’il y avait eu pour la puce. Des gens qui entrent et qui sortent, les cris d’une femme derrière la cloison, et mon mari qui tournait comme un lion en cage. Il a eu besoin de respirer dehors pour soulager la tension de ces dernières heures. Le spectacle avait été rude. Et puis, les premières photos pour que ma copine annonce la nouvelle à la grande sœur, une légère inquiétude, avait-elle bien pris le fait qu’on ne viendrait pas la chercher comme tous les soirs ? Nous sommes restés moins longtemps tous les trois, on nous a vite mis en chambre, bref c’était encore un peu bousculé.

Néanmoins, ce que je retiens de ces instants, c’est le regard de mon fils. Lorsque son père l’a posé sur moi, il a levé la tête (je n’en reviens toujours pas !) et a planté son regard dans le mien. De grands yeux bien ouverts qui ont transpercé les miens. Il m’a émue, il m’a fait chavirer. Il m’a troublée aussi. Un regard pareil de la part d’un nouveau-né… Il a réservé le même sort à son père, qui n’en est pas plus revenu que moi. On aurait dit qu’il voulait contempler notre visage pour la première fois. C’est donc toi ? Et en même temps, il y avait tellement de choses dans ce regard… Ce que je sentais pendant ma grossesse s’est confirmé à ce moment-là : il en a des choses à m’apprendre cet enfant…

C’était une arrivée un peu brutale, un accouchement violent qui a laissé des marques indélébiles dans mon esprit, une violence plus grande encore que la première fois. Mais le calme de cet enfant a balayé tout ça. Il a pris la tétée d’accueil avec calme et douceur, puis s’est endormi sur moi, comme si rien de très important ne venait de se produire, petit Bouddha bienheureux. Et on l’a regardé dormir, un peu sonnés, mais déjà sous le charme de ses grands yeux.

Ma fille est née à l’aube, et elle dégage une lumière solaire. Mon fils est né le soir, et il semble détenir les pouvoirs de la lune, l’instinct, la douceur et la tranquillité. Il n’en est pas moins lumineux, car, au soleil couchant, c’est lui, bien plus que la lune, qui nous a éclairés.

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5 réflexions sur “Ce soir-là… La naissance de mon fils ✰

  1. quel joli récit … Hier tu m’as laissé en plan, je suis contente de lire la suite. Je suis comme toi, la péridural ne marche pas sur moi, du moins pas complètement. Pour le deuxième je n’ai pas senti la sortie mais toutes les contractions jusqu’au genoux, trop étrange. je me souviens de peu de chose, avoir dit à la sage femme que ça suffisait maintenant, qu’il fallait le sortir, m’aider et aussi avoir mordu le papa, c’est dingue comme on devient des animaux dans ces moments la !

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    1. Oui, c’est exactement ça : c’est animal! Le pauvre papa il a du déguster aussi alors lol
      Tu sais que le sage-femme m’a dit que les chances que la péri ne marche pas totalement deux fois de suite sont quasi nulles… il faut croire qu’on a un mauvais karma de ce côté là! S’il y avait un troisième, c’est anesthésie générale, je ne voudrais rien savoir! 🙂

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  2. J’en suis toute retournée ma belle. Tu m’as donné des frissons. Imaginer c’était suffisant. Heureusement que la péridurale a fonctionné pour moi.
    Un accouchement c’est pas un acte banal. Je me souviens d’avoir lu que c’est 5 fois plus fort que la douleur qu’un humain peut supporter. C’est pour dire, qu’on en encaisse pas mal.
    Le premier contact vient souvent tout effacer et ce regard, ce regard profond nous ébloui!
    ps – il fallait les sortir les 4kg100 (la sage femme m’engueulait presque de ne pas pousser assez, quand elle l’a pesé 3.970kg, elle s’est excusée.)
    Grosses bises à vous 4 et un tendre câlin au petit soleil!

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  3. Dire que je faisais 4.200 et que ma mère avait refusé la péridurale au début, je pense qu’elle a dû vivre un enfer similaire !
    Bref, ça ne semble vraiment pas être une partie de plaisir (ça me donne envie de rester nullipare pour encore un bon moment !), et je suis impressionnée de la force avec laquelle tu nous racontes tout ça. Tes mots ne cachent rien… et on a mal pour toi !
    Félicitations pour la naissance en tout cas 🙂

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