Sa première rentrée

rentreeCette nuit-là, je n’ai pas pu fermer l’œil avant 4h du matin. Ma poupée, ma toute petite allait faire sa rentrée. J’allais la larguer au milieu d’une vingtaine d’enfants, plus âgés pour la plupart, et rentrer chez moi. Celles et ceux qui ont déjà vécu la première rentrée de leur bébé savent exactement pourquoi je n’ai pas dormi cette nuit-là. Pourtant, ce n’était pas la première fois qu’elle allait dans cette école. Mais nous ne l’avions pas laissée seule la dernière fois. Lundi dernier, c’était le grand jour, et j’avais le ventre noué et les larmes pas loin de la sortie.

Elle, par contre, était contente. Depuis trois semaines, elle avait enlevé les couches pour rentrer à l’école. Elle avait dit au-revoir à sa nounou et acheté deux beaux cahiers. Elle lisait Peppa Pig va à l’école tous les soirs et me réclamait l’histoire que j’avais inventée pour elle avant de se coucher. Contrairement à moi, elle était prête et archi prête.

C’est donc une petite fille toute heureuse qui s’est laissée photographiée avec ses cahiers ce matin-là. Qui a franchi le portail d’un pas décidé avec son papa, tandis que je les suivais en tâchant d’avoir l’air détendue. Qui a traversé la place du village et a foncé vers l’école, avide de franchir cette nouvelle étape importante.

Arrivée dans la classe, elle a eu un petit instant de flottement, est redevenue un peu timide, un peu silencieuse, un peu plus soucieuse. La maîtresse lui a montré son portemanteau avec son nom dessus, puis on a cherché l’étiquette à coller sur le panneau présence. Voilà, on y était. Ma fille était une élève de maternelle. J’ai serré un peu plus fort son petit frère blotti contre moi dans le porte-bébé. T’as pas intérêt à grandir, toi…

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Elle a foncé vers les ciseaux. S’est installée sur une table, et a même apporté des feuilles à une autre petite fille pour qui c’était aussi le premier jour. J’ai fait ma mère inquiète auprès de l’institutrice : tu sais, elle ne sait pas mettre son manteau ni ses chaussures, et je ne sais pas si elle va te demander les toilettes… Ça va aller, ne t’en fais pas ! m’a-t-elle rassurée, tout sourire, sachant très bien que c’est de ça dont j’avais besoin.

Pendant plus d’une demi-heure, on a discuté avec les parents qui arrivaient, donné de dernières recommandations à la petite, qui s’en fichait pas mal déjà, découvert avec elle les différents espaces de la salle de classe… Puis, il a fallu y aller. « Viens ma puce, on va dire au-revoir à papa et maman par la fenêtre » a dit la maîtresse. Alors nous sommes sortis, et nous sommes passé devant la fenêtre pour faire au-revoir à notre bébé. Dans tous les sens du terme. J’ai vu à ce moment une lueur d’inquiétude dans ses yeux. Quoi, ils s’en vont pour de bon ? La maîtresse m’a expliqué vouloir vraiment leur montrer que les parents s’en vont, et pas nous faire partir comme des voleurs et que les petits s’en aperçoivent brusquement une heure après. Je me suis efforcée de sourire, et de m’éloigner d’une air satisfait.

Heureusement, nous avons discuté un peu sur la place avec les parents de l’autre petite fille qui faisait sa rentrée, et nous nous sommes mutuellement distraits de nos inquiétudes. Un quart d’heure après, j’étais chez moi, et, bizarrement, les larmes n’étaient pas encore sorties. Puis j’ai parlé avec mon mari, et les vannes se sont ouvertes un peu tout de même. C’est que c’est mon bébé est qui rentrée à l’école… mon tout petit bébé qui a une chambre de grande et qui met des culottes Petits Poneys.

Alors que j’appelais super marraine pour lui raconter, le nom de la maîtresse s’est affiché sur mon téléphone. Mon sang s’est glacé et j’ai décroché, tremblante. « Bon, c’était juste pour te dire que tout va très bien, on s’est réunis pour dire bonjour, et là elle est en train de manger de la galette avec les autres ! ». Pas une larme, et elle avait même demandé à aller faire pipi. Voilà, une rentrée sans problème.

Lorsque je suis allée la chercher à midi, cela a été compliqué car elle ne voulait plus partir, et j’ai dû faire preuve de patience pour la déloger de la classe. La maîtresse a fini par la convaincre en la laissant prendre un petit jouet, et en lui faisant promettre de le ramener le lendemain. En fin d’après-midi, lorsque l’on est partis chez le médecin pour son frère et moi, elle n’a même pas voulu emmener son doudou, juste ce petit jouet qu’elle n’a pas lâché jusqu’au lendemain.

Toute sa première semaine a été à l’image de cette première matinée : elle s’est préparée avec joie le matin à partir, est restée deux ou trois minutes collée à moi avant de partir jouer et de me faire coucou par la fenêtre, et a plus ou moins refusé de me suivre au moment de partir, à midi. Une première semaine parfaite m’a dit la maîtresse, qui la trouve vraiment bien autonome et à l’aise.

Quant à moi, je suis rassurée et ravie. La voir si contente de partir le matin fait plaisir à voir. J’ai surpris un midi les petits en train de se préparer à sortir dans la cour, et j’ai vu une grande à genoux devant ma fille, qui lui mettait son écharpe et lui fermait son manteau. Même le grand un peu « terrible » lui a fait un circuit pour qu’elle joue aux voitures. Il y a une belle dynamique d’entraide entre les enfants.

Bien sûr, elle a déchargé un peu la tension à la maison, et les soirées et le mercredi ont été difficiles à gérer. Forcément, c’est tout de même beaucoup pour cette petite fille, beaucoup en même temps. Elle a fait des siestes records, et on s’accorde à dire avec l’institutrice que la matinée est bien suffisante pour l’instant. Il y a aussi cette frustration de ne pas savoir ce qu’elle a fait, mais il va falloir que je m’habitue puisqu’il paraît que même à 7 ans on ne raconte pas vraiment sa journée d’école… Si je n’avais pas vu la mascotte de la classe avant les vacances, je n’aurais pas su par exemple. Mais en lui posant la question elle m’a confirmé que, oui, elle a dit bonjour à Nidou, qui dormait dans son petit panier.

Voilà, une grande étape de franchie en toute légèreté ! Vous y croyez, vous ? Hier, je vous racontais mon désir d’enfant, mon ventre qui s’arrondissait, puis sa naissance et ses premiers sourires… Elle semble aujourd’hui si loin de ce bébé, pourtant c’était hier, je ne me trompe pas ? Quand je regarde mon fils, je peine à croire qu’elle était comme ça, elle aussi. Cette semaine, je l’ai gardé plus longtemps quand il s’endormait dans mes bras, parce que je sais que demain, il marchera d’un pas décidé vers de nouvelles aventures, encore petit mais tellement moins bébé.

Et ce matin, une semaine après la rentrée, elle est allée à la fenêtre mais j’ai dû mettre un peu trop longtemps… alors quand je suis passée devant, elle était déjà partie jouer. Je l’ai regardée un petit peu, de loin, et je me suis dit que tant que je suis la seule à me faire du souci c’est que tout va bien. Des inquiétudes, j’en aurai toujours, mais je suis heureuse qu’elle ne les partage pas et qu’elle s’élance avec bonheur et confiance dans la vie. Au moins une chose que j’ai réussie !

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8 réflexions sur “Sa première rentrée

  1. Ah mais c’est génial de lire ça !!! bravo 🙂 Pas facile de les laisser partir, mais oui, elle avait l’air tout à fait prête ! Et en effet, pour les récits de journée d’école, je confirme: mon aînée de 8 ans ne me raconte pas grand chose… « non j’ai pas de devoirs » « oui j’ai eu sport »… mais souvent, 2 jours plus tard, elle raconte un événement qui avait peut être besoin d’être digéré? Ma n°2 ne raconte rien; la 3ème me dit parfois des choses (on a fait de la peinture avec de l’encre et du sel!) et j’ai toujours l’impression qu’elle pipeaute (alors que non 🙂 )

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    1. Il paraît que c’est une façon de préserver leur « bulle » à eux de ne pas raconter leur journée… Bon, à deux ans et demi, je crois que c’est juste très difficile pour elle de remonter le fil de la journée! 🙂

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  2. C’est super ma belle! Je suis contente que tout se soit bien passé pour ta puce. Voir son enfant intégrer le monde des grands avec autant de confiance, tu peux être fière de ce que tu lui as donnes et lui donne encore.C’est énorme ma jolie!
    Plein de bises de nous deux. Je me prépare doucement au grand bain…

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    1. C’est ce que je me dis : pour s’élancer avec confiance c’est qu’elle a quand même quelques bases solides 🙂 Ça me réconforte un peu, moi qui me sens souvent pas terrible comme mère, qui perd vite patience et tout… J’ai ton fils sur mon calendrier dans la cuisine, son anniversaire approche dangereusement là!! Déjà trois ans… tu y crois toi?
      Bises ma belle ♥

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  3. C’est vrai qu’on a tendance à oublier qu’il y a une rentrée en janvier pour certains enfants… pour nous ce sera en septembre et je sais d’avance que les larmes couleront mais c’est une étape tellement importante pour eux que je relativiserais aussitôt. Joli témoignage de maman en tout cas 😉

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    1. Oui, et les écoles devraient toutes s’y mettre à la rentrée de janvier, ma fille par exemple n’était pas prête en septembre mais cela aurait été dur de la faire rester chez la nounou jusqu’en septembre prochain!
      Oui, les larmes couleront sans doute, même si tu es contente, juste parce que ça fait tout drôle de dire au revoir à son bébé. C’est une grande étape surtout pour les parents je crois!! 🙂

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