Le passage

le passage

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Depuis quelques temps, je me fais rare sur le blog. La dernière fois que je vous parlais vraiment de moi, c’était à la fin du mois d’avril, où je vous faisais des confidences sur mon incapacité à faire face au quotidien avec deux enfants. Vos réactions ont été une aide précieuse, et, si je n’ai pas répondu à toutes, je le ferai absolument.

Je dois avouer que la suite n’a guère été plus belle. J’ai vu arriver l’été avec appréhension. Seule avec les deux pendant deux mois. Mon mari a dû bosser comme un galérien, encore. Lui aussi a son fardeau de ce côté-là. J’ai craqué. Des colères, des larmes, une déprime sourde et profonde, le sentiment de ne pas exister vraiment. Mais avais-je vraiment déjà existé ? Bref, j’ai un peu disparu. Un peu plus.

Heureusement, je n’ai pas toujours été seule. L’été la maison se remplit souvent. Ma douce Marie, trop brièvement. Une journée à trois avec Laurie, parfaite. Le parrain des enfants et sa compagne, de vrais bons moments. Un ado peu enthousiaste, mais génial avec les enfants. Dix jours au calme, dans cette maison de montagne que j’aime tant, chez ces gens que j’aime tant. Sans mon homme, mais entourée tout de même, j’ai pu souffler. Puis il nous a rejoint et nous avons bien profité.

Heureusement, c’est dans cette période difficile que j’ai trouvé de jolies lumières dans l’obscurité. Des mamans de l’école de ma fille, avec qui j’avais peu de rapports en dehors des politesses d’usage, en ont fait partie. Je me suis effondrée devant elles et une conversation hallucinante s’en est suivie. Une soirée filles plus tard, elles étaient définitivement des pépites sur mon chemin. J’ai rencontré un microkiné épatant, j’ai fait du reiki et pas mal discuté de tout ça, j’ai discuté en fait avec plusieurs mamans d’enfants plus grands.

De tout ceci, j’ai tiré quelques enseignements. J’ai écouté attentivement, les mots, les signes, les messages divers et variés. J’ai eu le sentiment, malgré tout, d’être entendue et reconnue dans ma détresse, ce qui en soi est déjà énorme. J’ai profité de la première partie du mois d’août, au calme, dans un cadre différent, pour m’apaiser et surtout pour commencer à me pardonner. Sortir du cercle de l’autoflagellation me paraît important pour être plus paisible au quotidien. Je me suis fixé de petits objectifs au jour le jour, pour qu’un peu plus d’harmonie règne dans la maison. Je me suis fixé des plus gros objectifs à moyen terme, pour vivre une vie qui me ressemble plus.

La principale conclusion que j’ai tirée de toutes ces rencontres, de tous ces messages, c’est que ce que je vis n’est qu’un passage. Toutes ces mères me l’ont dit :

Tu es en plein dedans, tu as l’impression que cela n’en finira jamais, mais en réalité cela sera vite derrière toi.

Un passage.

Difficile, mais éphémère.

Evidemment, me direz-vous. On sait bien qu’ils vont grandir. Oui, on le sait. Mais, engluée dans les couches, les biberons, les demandes incessantes, les cris, les pleurs, les bras tendus, les petites mains qui touchent à tout, difficile de lever le nez vers cette perspective. Difficile de se dire que deux ou trois ans ce n’est pas grand-chose. Quand on est épuisé, cela semble interminable. Pourtant, quand je regarde ma fille, qui mesure un mètre et s’apprête à faire sa seconde rentrée à l’école, je vois bien que cela passe comme l’éclair en réalité.

Aujourd’hui, donc, j’essaie de garder cela en tête le plus possible. Un passage. J’aime tellement ce mot, plus que l’expression « la lumière au bout du tunnel », qui signifie que tout est sombre. Ça ne l’est pas, ce sont mes bébés, mes soleils. On ne regrette pas un tunnel, et je sais que je serai nostalgique de leurs premières années. De leurs boucles, de leur odeur, de les sentir endormis dans mes bras, de leurs petites mains sur ma joue, de leurs bisous qui bavent, et même de leurs bêtises.

Bien sûr, ne nous mentons, pas, ça ne marche pas toujours. Je crie encore, je regarde arriver le mois de septembre avec soulagement, et j’ai commencé à chercher une nounou. J’ai besoin de faire autre chose, de me réaliser autrement. J’espère que la grande fera deux jours complets d’école d’ici la fin de l’année, que le loulou sera gardé, et que je pourrai arrêter ce congé parental que je subis plus qu’autre chose. Je me suis fixé de reprendre une activité, que ce soit pour aider mon mari ou pour moi, dès l’année prochaine. De trier parmi toutes ces choses que je veux, d’en réaliser au moins une.

J’avais admis l’idée d’être entre parenthèses cette année, mais je n’y étais pas préparée, pas vraiment. Je crois que je m’accrochais à cette image de mère parfaite, au fond. Celle qui s’occupe des enfants, de la maison, qui s’accommode de cette vie et en tire le meilleur possible. Je ne suis pas cette femme-là. Ce fut une période difficile. Pour autant, je ne regrette pas. J’avais réellement envie d’être avec mes enfants. J’avais réellement envie de vivre ça. Je sais à quel point ces souvenirs sont précieux, ceux qui resteront ne seront que les bons.

Un passage. Un passage sans doute nécessaire, pour eux, et aussi pour moi. Qui sait, peut-être même une clé pour mes projets futurs ? Ce sont souvent les passages compliqués qui m’ont le plus fait avancer, le plus fait travailler sur moi. Et je n’oublie pas que je suis en train de réaliser un rêve de toujours : élever mes enfants. Quel défi, je ne me doutais pas !

Un passage, donc. Qui finira. Qui sera un jour derrière moi. Qui, en attendant, m’apprend et me façonne encore un peu. Pas une parenthèse finalement, puisque tout ceci s’inscrit dans le cours de ma vie, de la leur, de la nôtre. Quelques chapitres de notre histoire, quelques albums photos, des images en pagaille, des vidéos pleines de rires et pas mal de rides au coin des yeux.

Un passage, c’est parfois sombre, et parfois lumineux.

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Un commentaire sur “Le passage

  1. Merci ma belle pour ce partage. Un passage, tu as raison. Le temps passe vite, on oublie vite aussi. Ce passage est essentiel pour eux, à nous de prendre patience et d’apprendre aussi à leur contact à lâcher prise. J’ai du mal. Mais je suis certaine qu’avec tout l’amour que nous avons en nous, nous allons y arriver. Et dans quelques années nous évoquerons ces souvenirs « délicats » avec le sourire!!
    Je t’embrasse bien fort.

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