La maternelle dans une école alternative : le bilan

En janvier 2016, quelques mois avant son troisième anniversaire, ma poupée faisait sa première rentrée en maternelle, dans cette petite école alternative qui avait ouvert ses portes dans notre village. L’année scolaire suivante voyait l’ouverture d’une classe de primaire à l’étage, la « classe du haut ». Et ma grande vient d’y faire sa rentrée, en équivalent CP. L’occasion, pour répondre aux nombreuses questions, de faire un petit bilan sur ses premières années de scolarité dans une école différente…

Cette école, je vous en avais parlé ici, est le fruit du désir du trois mamans d’offrir à leurs enfants une alternative à l’école classique. En septembre 2016, la maternelle a donc ouvert ses portes dans l’ancienne école du village, fermée depuis un demi-siècle. Sans étiquette, elle ne se veut ni élitiste ni dogmatique, juste pleine de (bon) sens. J’ai moi-même fréquenté une école de village en primaire qui fonctionnait un peu de cette façon, au sein de l’éducation nationale. Je ne cherchais pas nécessairement de l’alternatif pour mes enfants, mais plutôt un enseignement tourné vers leur environnement : au milieu de la forêt, à 50 mètres de la rivière, il est impensable pour moi que l’école reste fermée sur elle-même. Et, malheureusement, l’école publique dont nous dépendons est totalement à l’inverse de ce que nous voulions.

Le projet pédagogique en maternelle est simple : apprendre à être ensemble, et se sentir bien à l’école. C’est tout. Et c’est déjà énorme. Le respect de l’autre, l’écoute, la vie en groupe, c’est finalement les bases les plus importantes qu’ils doivent acquérir. Les journées se déroulent plus ou moins selon le même schéma : arrivée étalée des enfants sur une plage horaire de 30 minutes, regroupement sur un grand tapis pour se dire bonjour et avoir un temps de parole pour ceux qui le souhaitent (montrer ce qu’ils ont amené, raconter leur week-end, etc…), atelier ou activité au choix, promenade (plus ou moins longue selon l’humeur et la météo, forêt ou rivière), temps libre dehors puis regroupement et lecture commune au deux classes avant le repas, repas pris tous ensemble (pique-nique deux fois par semaine), temps libre puis temps calme en classe (sieste pour les plus petits, lecture pour les autres), activités et nouveau regroupement pour parler de la journée et se dire aurevoir avant l’arrivée des parents.

Rien de très extraordinaire donc, mais de nombreux avantages. L’arrivée échelonnée d’abord : pas de pression d’horaire strict, la possibilité pour le pédagogue d’accueillir chaque enfant tranquillement, et jamais nous ne trouverons la porte fermée en cas de retard. Il m’est arrivé de laisser dormir les enfants qui en avaient besoin, et d’arriver vers 10h. Il n’y a aucun problème. Le regroupement du matin est apprécié des enfants, qui en profitent pour présenter un doudou ou un jouet qu’ils ont voulu prendre avec eux (perso je limite ça aux livres et doudous, mais c’est un choix personnel).

Concernant le choix des ateliers, j’ai souvent entendu la même remarque « ouais, en fait ils choisissent ce qu’ils apprennent, ils ne sont pas obligés de travailler ! ». Alors, déjà, pardon mais « travailler » en maternelle, comment dire ?… Je suis profondément dérangée par ces objectifs qu’on fixe aux petits, comme s’ils devaient arriver en CP en sachant lire, écrire, parler anglais et jouer du violon. Ensuite, ils ont effectivement le choix entre plusieurs activités, et ils ont bien sûr des goûts différents, mais toutes sont ludiques et stimulent les apprentissages. Dans cette classe, on n’apprend pas à compter, on n’apprend pas les lettres, on ne s’assoit pas pour entendre une « leçon ». Pourtant, la plupart de ceux qui sont montés en primaire savent déjà pratiquement lire et écrire en lettres bâton, compter et ont une culture de la vie et des choses qui les entourent qui nous étonne souvent. L’environnement, le recyclage, le cycle de vie des animaux, la musique, les autres cultures… Ils se disent bonjour dans la langue de leur choix, ont fait des ateliers autour de lectures de Jules Verne ou d’Hemingway, ont travaillé sur des déchets avec des artistes plasticiens, font de la cuisine, de la couture et du bricolage. Bref, ils apprennent la vie ! Et le reste en découle…

Une autre remarque courante porte sur l’absence de discipline. C’est encore erroné. Il n’y a effectivement pas de punition et presque pas d’obligation. Mais il y a des règles de vie et les pédagogues veillent à ce qu’elles soient respectées. Donc, oui, il y a des interdits et un cadre minimum, nos enfants ne courent pas partout en slip et en hurlant comme Tarzan. En classe, ils doivent marcher et parler calmement, respecter les temps de regroupement et de sieste. Par contre ils sont autonomes pour beaucoup de choses, comme aller se servir à boire, aller aux toilettes, se servir du matériel de création (tout est à disposition, y compris les ciseaux et la peinture). Ils peuvent bien évidemment demander de l’aide, mais pas besoin de demander la permission. Et si un enfant ne veut pas participer à une activité, il peut tout à fait sortir de quoi peindre ou dessiner, aller lire, etc. En tant que parent, il faut lâcher un truc : inutile d’espérer garder les vêtements nickels. Ils arrivent le matin dans des habits propres… mais pleins de tâches qui ne partent plus depuis longtemps. Ce matin encore j’ai déposé mon fils avec un pantalon qui garde des traces de peinture. Et alors ?

Le fait que ce soit une petite structure crée des liens, les enfants sont vraiment soudés. Le mélange régulier des deux classes, primaire et maternelle, fait que la transition entre les deux est assez douce. Il y a 14 enfants en maternelle, moins de 20 en primaire, les échanges sont faciles entre parents également. Bref, c’est une école à taille familiale si on peut dire !

Bien entendu, il y a quelques inconvénients, comme dans chaque école. Le premier étant le coût. Il s’agit d’une école privée hors contrat (elle pourrait passer sous contrat au bout de 5 ans, mais ce n’est pas dans les projets), et nous finançons donc son fonctionnement et le salaire des pédagogues. Même si on est loin des tarifs affichés par certaines écoles Montessori par exemple, cela reste un budget. La scolarité nous coûte 200 € par mois et par enfant, sur 10 mois. A titre de comparatif, une école Montessori non loin est à 5000 € l’année. Sachant tout de même que nous avons peu de fournitures à acheter, tout étant mis en commun, cela revient à 20€ peut-être. Pour ma part, comme je vis sur la commune, la mairie prend en charge une partie, puisque si je scolarisais mes enfants ailleurs elle devrait payer pour le transport scolaire. Je paye donc 120 € par enfant. Cela représente un sacrifice, c’est clair, mais c’est un choix.

Au niveau du fonctionnement, il y a deux contraintes principales. Pour limiter les coûts, ce sont les familles qui assurent l’entretien de l’école. Le ménage est fait chaque soir par deux parents, classe du haut et du bas, cuisine et sanitaires. Un planning est partagé, sur lequel nous nous inscrivons 12 fois dans l’année scolaire. Personne ne s’éclate à le faire, forcément, mais on peut répartir comme on veut : certains le font une fois par mois à peu près, d’autres (comme nous) regroupent un maximum pour être tranquilles après. La seconde contrainte est celle de l’absence de cantine. Les maires des communes de résidence des enfants n’ayant pas joué le jeu, les repas revenaient trop cher (la commune qui aurait livré ne cuisine que du bio et local). Nous préparons donc les repas chaque jour individuellement, et ils sont réchauffés à l’école. Deux fois par semaine, c’est pique-nique ou repas froid, mais cela reste un peu contraignant de prévoir chaque jour les plats (perso, c’est le truc qui me gonfle le plus en fait !). Voilà, rien de très grave au final !

Je pense avoir fait un tour assez complet de cette maternelle pas comme les autres… et pour conclure, si je dois faire un bilan de ce qu’elle a apporté à ma fille, je dirais : beaucoup ! Cette école l’a ouverte aux autres, vraiment. Je le vois à l’extérieur, quand mes enfants abordent spontanément et en toute confiance d’autres enfants, qui ont parfois pour leur part un mouvement de recul. Nous sommes pas mal à l’avoir constaté à l’école (et je ne dis pas que les autres sont asociaux, on sent simplement que parfois l’autre peut être source d’un peu plus d’inquiétude). J’ai un exemple magnifique à vous donner aussi : en septembre, sur la plage, ma fille a joué avec un petit garçon plus âgé qu’elle, qui ne parlait pas et avait quelques difficultés à marcher. J’ai vu l’inquiétude dans les yeux de ses parents, et le bonheur dans les siens. Il faisait de grands gestes pour manifester sa joie, et cela aurait pu effrayer ma fille, mais non. Le soir, lorsque la maman est venue me parler, j’ai compris sa réticence de départ : elle avait peur que ma fille le rejette, car c’est ce qui arrive le plus souvent. Elle tenait à la remercier d’avoir été si gentille et d’avoir joué avec son fils, chose rare et précieuse à leurs yeux. Je ne peux pas vous dire à quel point j’ai été fière et émue… L’école ne fait pas tout, mais je reste convaincue qu’elle y est pour beaucoup.

Les enfants de l’école ont une conscience des choses, de la protection de la nature et du respect de l’environnement qui me sidère. Et surtout une indignation profonde devant l’injustice. Car à l’école, on ne stigmatise jamais un enfant, même « difficile », on résout les conflits posément, sans punir ni accabler un fautif, on a le droit de se tromper et on répare ses erreurs. Alors oui, c’est un peu freestyle. Parfois ils te ramènent une canne de deux mètres trouvée à la rivière, se lancent dans des collages et te redécorent la maison, rapportent un kilo de cailloux chaque soir, et bien souvent ils t’engueulent quand ils estiment que tu te trompes. Et ils ont parfois raison. Ils s’épanouissent sans avoir conscience des cases auxquelles ils échappent, et c’est très bien comme ça. J’ai l’exemple d’une petite fille qui est partie et va désormais dans une école classique. Sa maîtresse s’est étonnée de la voir écrire au feutre, que ses lettres ne rentrent pas entre les lignes, qu’elle ait déjà sa propre écriture… Et bien, vous savez quoi ? C’est exactement ce qu’on attend de cette école.

Ma fille aura tout le temps de rentrer dans des cases, de recevoir des notes et des jugements, et de devoir faire des devoirs le soir. Ni évaluation, ni devoir, même en primaire, c’est tellement évident pour nous. La transition au collège se fait très bien, et le niveau est bon, pour ceux qui se posent la question. Par contre les professeurs vont devoir s’habituer à être poliment contredits de temps en temps !

En résumé, cette école alternative était le choix de l’évidence, et nous ne l’avons jamais regretté. La maternelle de ma fille s’est parfaitement bien passée, et je l’ai vue évoluer sur tous les plans. J’ai pu parler souvent avec ses maîtresses, qui ont pu m’aider sur beaucoup de points et débloquer certains nœuds. Mon fils entame sa seconde année et s’y sent parfaitement bien aussi. On respecte son rythme et son besoin d’être un peu seul parfois. Pour eux, il est normal de participer à la vie de l’école, de ranger ou débarrasser la table, d’aider les plus petits, de jouer le soir avec les copains pendant que les parents papotent, de les voir se rassembler et se servir un café dans la cuisine le matin, de faire des suggestions ou de dire non à une activité, d’avoir le choix et une certaine liberté.

Comme je vous le disais, ce n’est pas le choix du privé ou de l’alternatif, c’est juste le choix du bon sens que nous avons fait. Cette école sans étiquette attire et intrigue, chaque année a son lot de stagiaires, observateurs, intervenants et reportages. Une école pas comme les autres, une école à leur image !

6 commentaires sur “La maternelle dans une école alternative : le bilan

  1. J’aimerai que ces écoles se développent de plus en plus parce que je trouve que le système éducatif classique impose un rythme, pas toujours adapté aux enfants.
    L’année dernière la maitresse de loulou était obnubilée par la rentrée en CP. Du coup elle a presque assuré un programme de CP en dernière année de maternelle – ils ne rentraient pas en prépa non plus!
    Cette année, loulou trouve que le CP c’est trop facile, il s’ennuie…
    Mais il est dans une école avec des projets écologiques, un jardin, plus de temps en groupe et moins de temps derrière un bureau. Alors qui sait c’est peut-être un premier pas vers autre chose.
    Bises ma belle et merci d’en parler!

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  2. Je trouve ça très intéressant de découvrir ce genre d’école. Même si j’avoue que le système traditionnel peut parfois me rassurer (mais aussi il me dépasse parfois ^^).
    Le principal, c’est que tes enfants soient épanouis, et parés à « affronter » La suite.
    Je trouve qu’il y a de très bons côtés à ton école même si en effet, prévoir les repas peuvent être une contrainte

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  3. coucou
    je connais bien le système traditionnel mais pas ce système là alors j’avoue que c’est une découverte pour moi
    je trouve ton article intéressant du coup
    belle journée

    rachelmarine

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