Épuisement parental : parlons-en !

Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit ici. Je veux dire, vraiment écrit. Pas les trucs de blogueuse, les trucs de la vie. J’ai tant parlé d’épuisement maternel que j’ai eu peur de ne plus savoir changer de disque. Que cela ne serve plus à grand-chose. J’ai même envisagé de fermer le blog, du moins de l’arrêter. Et c’est là qu’un message est arrivé…

Des messages et des commentaires de ce genre, j’en reçois encore régulièrement en réaction à certains articles écrits au plus fort de ce qui fut sans doute un burn out maternel. Quatre ans plus tard, ils continuent à susciter des réactions. Et quelles réactions ! Si j’ai eu peur de passer pour un monstre, j’ai vite compris qu’en réalité beaucoup se retrouvaient dans mes moments sombres. Je n’ai reçu que bienveillance et lumière, et je vous en remercie tellement.

J’ai reçu pratiquement autant de « merci » que de messages. Merci de dire les choses, merci car je me sens moins seule. Cela a libéré ma parole. Aujourd’hui, je dis sans détour à quel point la maternité est difficile, à quel point cela peut être violent parfois. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu le soulagement éclairer un regard, et les vannes s’ouvrir pour la première fois.

On nous serine que la maternité « c’est que du bonheur », et du coup on n’ose pas dire ces choses. « Je l’aime, mais… » Oui, on les aime, c’est certain. Mais cela n’empêche pas de passer par des moments extrêmement difficiles. On y passe toutes (et tous). Seulement, comme on ne le dit pas, on pense être les seuls.

Et puis il y a tous ces discours « bienveillants ». Qui ne sont absolument pas bienveillants avec les parents. Je suis convaincue de leur bien fondé. Je suis convaincue qu’un enfant doit grandir dans la douceur. Mais je suis humaine, et ces fois où j’ai hurlé, où j’ai mis une fessée, j’aurais aimé trouver un article qui me donne des solutions, pas qui me parle d’une peine de prison. On se sent déjà nulle quand on perd le contrôle, peut-être qu’on se sentirait moins une merde si on trouvait toujours un soutien sans jugement, pas vrai ?

Oui, il faut parler. C’est important. J’ai la chance d’avoir trouvé des amies parmi les autres mamans de l’école, et toutes racontent la même histoire, le découragement, la fatigue, le couple qui tangue.

Vous n’êtes pas seule. Vous n’êtes pas seul.

J’ai la chance d’avoir un mari qui est non seulement un père super, mais qui me réaffirme aussi dans mon rôle de mère. J’ai la chance de pouvoir décompresser, partir le soir voir mes copines et rentrer à pas d’heure. Je n’ai pas de relai, c’est vrai, et c’est compliqué. Mais je suis entourée de gens bienveillants mais pas parfaits, et cela fait toute la différence.

Depuis ces articles qui vous ont tant parlé, les choses ont évolué. Ma fille a maintenant 7 ans et mon fils 5 ans. Je mentirais si je disais que tout est fluide. C’est loin d’être le cas. Aujourd’hui, après deux jours de cris et de disputes, j’ai assis toute la famille autour d’une table pour mettre les choses à plat. Et, croyez-moi, il a fallu toute ma volonté pour ne pas me barrer, à la place.

Si pendant le confinement tout s’est merveilleusement bien passé, en ce moment on en chie pas mal. C’est par périodes, des hauts et des bas. Mais un peu mieux à chaque fois. Ils grandissent, simplement. Et cela change la donne. Les premières années, j’ai cru ne jamais me sortir de ces difficultés, je réalise aujourd’hui le chemin parcouru. Et il n’y a pas que les enfants qui ont grandi, nous aussi, nous avons appris.

J’ai appris que notre pire ennemi est la culpabilité et l’image de la mère parfaite qu’on voudrait être.

Je me suis sentie coupable longtemps. Et puis un jour, j’ai reçu cette phrase fabuleuse : un thérapeute à qui je disais en pleurant que je n’étais pas une mère bienveillante m’a répondu « Mais attendez, les parents qui ne sont pas bienveillants ne se posent même pas la question ! Pour eux, c’est normal de crier, de mettre une fessée. Le fait que vous vous remettiez en question et que vous cherchiez des solutions montre que vous êtes bienveillante selon moi. »

Retenez-là, cette phrase. Mais vraiment. Vous êtes humain, humaine, vous faites de votre mieux.

Arrêter de culpabiliser ne signifie pas être fier de ce que l’on fait. Je ne suis pas fière quand je hurle. Mais j’ai arrêté de m’auto-flageller. Je me pardonne, et je me concentre sur ce que je pourrais faire mieux plutôt que sur ce que j’ai fait de moins bien.

Et puis, la mère parfaite… On en voit des belles images, sur les blogs et les réseaux. Les mamans si douces qui débordent d’idées pour occuper leurs bambins parfaits. Rappelez-vous que l’on ne montre que ce qu’on veut bien montrer. Et je peux vous assurer que ce que l’on voit derrière les belles façades n’est pas toujours joli ni enviable. Vraiment pas.

J’ai mis mes enfants dans une école alternative. Autant vous dire que je me sentais jugée, au début. Sauf qu’en réalité, le regard le plus impitoyable n’était pas celui des autres parents, mais le mien. J’ai parlé avec des « mamans bienveillantes », et j’ai été surprise de trouver les mêmes problèmes que les miens chez elles. Certes, il y en a qui ne crient pas. Mais elles confient leur lassitude, aussi.

Bref, c’est un article un peu brouillon, écrit un peu de travers, pour vous dire encore une fois que NON, ce n’est pas que du bonheur. Que vous n’êtes ni nulle, ni la seule à ressentir tout ça.

Que je suis heureuse si, en me lisant, vous avez pu vous sentir moins seule, ou que vous avez compris que vous êtes un humain qui fait au mieux avec ce qu’il a.

Que je vous remercie de m’avoir fait comprendre ça, au travers des confidences que vous m’avez offertes en toute confiance.

Qu’en réalité, ce blog va continuer à exister, juste pour tout ça.

3 réflexions au sujet de « Épuisement parental : parlons-en ! »

  1. Ah la maternité, de vraies montagnes russes émotionnelles ! Et la pression de la société et des réseaux sociaux place la barre très haut… Se faire confiance et ne pas se comparer, dur équilibre. Comme tu le dis, on apprend en même temps que nos enfants, c’est passionnant et déroutant. En tout cas moi je vois une maman qui n’hésite pas à se remettre en question et à dialoguer avec des professionnels donc tu es totalement dans la bienveillance. Belle journée à toi et tes deux trésors !

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  2. Ca m’a filé des frissons de te lire ma belle!
    Tous tes mots sont si justes et je sais que nous nous comprenons.
    Il faudrait plus de témoignages comme le tien, mois de tabou sur ce sujet là. Parce que trop de mères et de pères aussi sont des états critiques, face à ce que tout le monde dit être la plus merveilleuse histoire de toute une vie
    Oui avec ses failles aussi.
    Et d’ailleurs un jour je ne voudrais plus entendre personne dire « j’aime mes enfants mais… » comme si on se sentait obligé de s’excuser de dire que c’est dur. C’est le plus terrible je trouve, cette culpabilité et cette peur.
    Merci et plein de tendres pensées pour vous 4.

    Aimé par 1 personne

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