Prima luce

Elle revenait dans cet endroit détesté pour y finir sa formation et passer les examens. Il venait d’arriver, sa session allait débuter. Elle était abimée, elle n’avait plus envie, elle avait trop à pleurer. Il recommençait à zéro, après qu’un accident l’ai privé de son métier passion. Ils se sont croisés trois semaines, et auraient aussi bien pu ne jamais se parler.

Ce soir du 1er juin 2004, quand il l’a embrassée, elle s’est dit que parfois les choses ont l’air de couler de source. Ils ont parlé toute la nuit. Ils ont ri. Ils ont passé dix jours simples et légers. Tellement simple que ça ne pouvait pas durer. Forcément, elle avait trop l’habitude des choses compliquées.

Elle est rentrée chez elle. Puis elle est revenue. Plusieurs fois. Quelques jours, sous le regard de la Cité, majestueuse, qui en avait vu d’autres. Chez elle, ça n’allait pas. Dans sa tête, ça n’était pas beaucoup mieux. Mais avec lui, elle était bien. Elle a déménagé, s’est éloigné encore plus, mais ils ont continué tout de même. En février, son examen en poche, il venait la rejoindre. Une folie, pour certains. Ils s’étaient vus, quoi ? Une douzaine de fois ?

Ils ont déménagé plusieurs fois, ont quitté le bord de mer, l’ont regretté, ont adopté un chat, puis deux, en ont pleuré un, ont essayé tellement de métiers, changé de voiture, fêté des anniversaires hautement symboliques, ont fait des projets, les ont abandonnés, en ont fait d’autres, ont pris des virages serrés sur un coup de tête, se sont séparés, retrouvés, enguirlandés, moqués l’un de l’autre. Ils se sont aimés, en somme.

Ce soir du 1er juin 2011, ils ont voulu marquer leur septième anniversaire, chargé en symbole, clé d’un nouveau départ. Ils ont échangé des alliances au pied des remparts de la Cité, qui en a vu d’autres, mais qui était touchée d’être le témoin de leur promesse. Le seul, puisque ces vœux échangés n’appartiennent qu’à eux. Quand ils se sont mariés, l’été suivant, les anneaux à leur doigt scellaient depuis longtemps leur amour.

Ce soir du 1er juin 2013, ils ont fêté leur anniversaire sur un coin de table basse, sans avoir le temps de parler ou d’allumer une bougie. Ce soir-là, le fruit de leur amour ne voulait pas dormir. Mais qu’importe. C’était un si joli fruit.

Ce soir du 1er juin 2014, dix années avaient passé. Ils ont dîné en tête à tête, pour la première fois depuis la naissance de leur fille. Ils avaient passé l’après-midi à flâner dans l’un des plus beaux lieux du monde, à leurs yeux. Ils se sont retrouvés tous les deux, sans contrainte et sans les soucis du quotidien. Ils ont soufflé, et se sont souvenus que les problèmes ne les empêchent pas de s’aimer. Ils se sont baladé main dans la main, comme des amoureux, ce qu’ils sont toujours finalement. Ils ont ri, se sont embrassés, et ont décidé de repartir pour une décennie. Même deux ou trois, a-t-elle dit.

Après le dîner, ils sont remontés jusqu’à cet endroit magique, et, à la faveur de la nuit, sans horde de touristes qui parlent trop fort pour entendre ce que ce lieu chuchote à qui l’écoute un peu, elle a remercié pour ces dix ans de vie à deux, cet amour qui, sous les coups de la vie, est devenu encore plus confortable, façonné à leur mesure. Elle a remercié pour ce merveilleux fruit, d’une espèce certes quelque peu exotique, mais tellement à l’image de leurs rêves. Et elle a reçu, en réponse, ce silence vertigineux et bienveillant, au goût d’éternité.

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Un mariage à notre image

Il faut tout de même que je vous parle un peu de mon mariage ! Notez que je vais me concentrer sur le jour J, et passer sous silence les innombrables crises de nerfs et la joie incommensurable que procure la préparation d’un mariage last minute sous hormones de grossesse… Je tairai également le fait que j’ai failli interdite l’accès à mon mariage à ma mère (mais elle l’avait mérité, les hormones m’ont juste aidé à être inflexible, pour une fois). Je ne dirai rien non plus des larmes et des « si c’est comme ça je me marie pas ! » qui ont ponctué les petits et gros imprévus de la dernière semaine. Tout ceci est totalement trivial, au vu de la belle journée que nous avons passée.

J’avais très envie d’une cérémonie en extérieur, mais impossible de sortir le maire de sa mairie. Et finalement ce fut tant mieux, car du coup nous avons opté pour une cérémonie d’engagement. Le principe, de plus en plus répandu lors des mariages civils, est d’organiser une cérémonie entièrement personnalisée, menée par la ou les personnes de son choix.

Nos invités ont donc eu la surprise d’être installés au fond du jardin, sur des bancs dessinant une allée centrale. Ce sont nos amis qui avaient préparé la cérémonie, je n’ai fait que choisir la musique sur laquelle j’arriverai et sélectionner quelques textes, qui n’ont pas tous servi. Tout le reste était une surprise. Ils ont fait une super entrée dansée, avant que je sorte de la maison. L’Homme m’attendait en bas des marches, c’est à son bras que je suis arrivée. C’était voulu, un symbole. Personne ne nous a emmené là où nous étions, c’est nous-même qui nous y dirigions.
Nous ne quittions pas nos familles, nous vivions ensemble depuis longtemps déjà. Puis nos amis et témoins ont lu chacun un texte, certains sur l’amour, d’autres sur l’amitié, un autre carrément scabreux… C’était à la fois drôle et émouvant, c’était parfait. C’est sans doute le plus beau moment de ce mariage, chacun y a mis du sien, y compris ma demoiselle d’honneur qui ne voulait pas s’exprimer en public (et à jeun !). Nous étions une petite trentaine, c’était intime et chaleureux. Et au moment où nous allions nous lever, à la seconde où la cérémonie s’est achevée, deux papillons sont venus voler juste au-dessus de nos têtes, se tournant autour dans les airs… Une bénédiction, en quelque sorte. Magique.

Le passage à la mairie m’a fait encore plus savourer ce choix, car il a duré 4 minutes chrono. Un peu court pour marquer un tel engagement, non ? Mais les gens du village étaient là, très heureux. C’était un peu un évènement, des jeunes qui se marient et qui habitent ici à l’année, ça faisait longtemps que ça n’était pas arrivé. Bien entendu ils étaient tous invités à l’apéro ! Leur présence et leur joie nous a émus, encore une belle surprise…

Le repas et la soirée se sont déroulés ailleurs, dans un endroit magnifique. Un lieu qui nous a tellement charmés lors de notre première visite qu’il nous a quasiment décidés à nous marier. Un jardin magique au milieu d’un cloître immense, à la perspective infinie. Un lieu désacralisé, mais tellement chargé d’histoire que ses murs soupirent encore sous le poids des secrets. Les invités ont été soufflés par sa beauté, nous étions honorés d’y célébrer notre union. Je sentais presque des regards, venus des siècles passés, se poser sur notre bonheur.

Et ce n’est qu’au petit matin que nous avons soufflé les dernières bougies, avant de laisser aux arcades le peu de ténèbres qu’il leur restait avant que le jour se lève. J’avais lancé mon bouquet, j’ai presque regretté de ne pas l’avoir offert au lieu et à ses gardiens silencieux.

C’était un mariage parfait. D’autant plus parfait qu’au creux de mon ventre grandissait un lien bien plus fort, un être qui nous unit de la plus belle des manières. Aucun engagement ne vaut celui-ci.

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Guide de survie du futur marié

Messieurs, une fois n’est pas coutume, c’est à vous que je m’adresse. Plus particulièrement à vous, les futurs mariés. Vous avez, après mûre réflexion, ou dans un moment d’égarement, voire d’ébriété (peu importe je ne suis pas là pour vous juger), demandé en mariage votre chère et tendre. Toutes mes félicitations. Vous entrez désormais dans la phase des préparatifs du grand jour, avec naïveté, et parfois avec enthousiasme. Et il est de mon devoir de vous informer de quelques impondérables, pour la plupart dus à la transformation lente, subtile, mais inéluctable, de votre chérie douce en ce que beaucoup appellent « bridezilla ».

bzVoyons l’étymologie du mot : bride, la mariée donc, et « zilla », diminutif de godzilla, monstre effrayant et potentiellement dangereux. Je vous sens surpris et dubitatifs, là tout de suite. Mes pauvres petits, je ne vous mens point. Vous allez en chier. Mais comme je suis relativement contre l’injustice, et quoi que je trouve que cela contrebalance pas mal de moments où vous avez été odieux (si, si), je vais vous offrir mon aide. Voici donc quelques petits conseils pour survivre à cette période bénie.

 

– Regardez les robes qu’elle vous montre, et tâchez de détecter les signes qui montrent quelle réaction elle attend de vous pour chacune d’elle. Et si vous entrapercevez un prix qui frôle votre salaire annuel, ne dites rien, et tranquillisez-vous. Elle a besoin de se sentir une princesse, de regarder toutes les robes, de les comparer et de sentir un court instant qu’elle pourrait toutes les avoir. Laissez courir et souriez. De toute façon celle qu’elle veut elle ne vous la montrera pas.

– Si elle lance un thème « rose et blanc », et que vous approuvez, non par réelle conviction mais plus par désir qu’elle vous lâche la grappe, ne vous aventurez sous aucun prétexte à amorcer un semblant de marche arrière. Surtout si des cansons roses recouvrent la table de votre salon.

– Globalement, écoutez quand elle vous parle, une fois n’est pas coutume. Si votre avis diverge du sien faites-lui savoir tout de suite, car une fois qu’elle est lancée bridezilla ne fait pas marche arrière sans dommages collatéraux. Faites en sorte qu’elle reste la douce créature que vous avez demandée en mariage, tâchez d’être attentif.

– Ne dites jamais, sous aucun prétexte, « je m’en fous ». Sous peine d’avoir droit au trio infernal larmes-reproches-hurlements. Car il vous est strictement interdit de vous désintéresser du mariage, voyons ! Mais rassurez-vous : il est préférable que vous vous mêliez le moins possible de l’organisation. Utilisez donc cette information à bon escient, en préférant par exemple dire « je te fais confiance ma chérie, tu sais que je suis nul en déco », ou, mieux encore : « je veux que tu sois heureuse et que tu aies le mariage de tes rêves, alors je me plierai à tes choix mon amour. » Bref, louvoyez, soyez fourbe, pour une fois vous avez le droit.

– Prévenez vos témoins que votre chère et tendre est devenue incontrôlable, et surtout très directive, et qu’elle s’apprête à fondre sur eux. Conseillez-leur la docilité, si vous souhaitez les revoir après le grand jour. S’ils vous aiment, ils liront les listes de choses à faire qu’elle leur transmettra, et s’exécuteront de bonne grâce.

– Réfléchissez avant de parler. Par exemple, lorsqu’elle vous montre deux compositions de dragées, ne dites sous aucun prétexte « oui, mais je trouve que ça serait plus sympa en vert ». Bordel, souvenez-vous : votre mariage sera fuchsia et blanc (puisque vous avez émis des doutes sur le rose pastel). Elle a déjà dévié sensiblement sa trajectoire de départ, sachez apprécier ce geste à sa juste valeur, et essayez de suivre, bon sang.

– Il est probable que votre moitié fasse un saut chez le coiffeur afin de rafraîchir sa couleur de cheveux avant le jour J. Rappelez-vous, ce n’est pas votre femme habituelle mais une bridezilla hystérique et à fleur de peau que vous avez en face de vous. « Oh merde… » n’est donc pas la réaction appropriée devant sa nouvelle couleur. Loin s’en faut.

En résumé, messieurs, il vous faut être attentif, patient, et surtout prudent désormais. Gardez toujours en tête qu’une femme est préprogrammée à se transformer en bridezilla dès la plus tendre enfance et ses premiers rêves de princesse.  J’ai presque envie de vous dire : c’est son mariage avant tout, même si c’est aussi un peu le vôtre. Mais rassurez-vous : cet état est passager. Dès le lendemain du mariage, elle redeviendra la femme que vous aimez. Bon, autant que vous le sachiez, version dépressive : « c’est déjà fini, plus jamais je ne me marieraiiiiiiiii ». Une sorte de post-partum de la mariée. Mais ça aussi, ça passera. Enfin on en reparlera. Chaque chose en son temps.

Carnet blanc

Vous le savez, si j’ai ouvert ce blog c’est pour vous parler de mon parcours de future mère, et ce bien avant ma grossesse. Je suis à un peu plus d’un mois du début des essais, et je vous avoue que je commençais à me demander ce que j’allais pouvoir vous raconter d’ici là (euh… sachant que je n’avais pas non plus l’intention de vous narrer les essais, je vous rassure !). C’était sans compter la surprise de l’année, que dis-je, du siècle, qui m’est tombée dessus il y a pile une semaine. Mais procédons dans l’ordre…

Mon homme est issu d’une famille aux traditions séculaires bien ancrées, et totalement décalées en l’an de grâce 2012. Par un effet de répulsion entièrement légitime, il a donc fait le choix de rejeter lesdites traditions, de façon plus ou moins radicale. Comme je suis à mille lieues de ce mode de vie, j’ai parfois du mal à imaginer que de tels principes puissent encore exister, et encore moins que l’homme si ouvert d’esprit qui partage ma vie puisse en être issu. Il n’empêche qu’il a toujours été très catégorique sur certains sujets, en partie par opposition au bien-penser familial.

Parmi les sujets bannis : le mariage. Nous vivons dans le péché le plus blasphématoire qui soit. Nos enfants seront des bâtards, et leur âme vouée à errer dans les limbes pour l’éternité. Non, non, ne riez pas, ça existe.

Sauf que moi, je suis une fille. Donc j’ai lu des livres de princesses. Donc j’ai rêvé d’avoir une robe de princesse. Donc je me suis rendue compte que dans la vraie vie il n’y a qu’un moyen d’en porter une sans passer pour une tordue, ni travailler chez Disney. Donc je veux me marier. Et si la raison vous semble futile, j’ajouterai que je veux porter le même nom que mes enfants, qui porteront uniquement le nom de leur père, parce que tel est mon choix. Le reste, bon… Je ne considère pas le mariage comme l’engagement ultime, pour moi c’est faire un enfant qui l’est. Je n’ai pas envie de mettre les pieds dans une église, et les traditions me gonflent un peu. Mais putain, la robe quoi.

Bref, j’ai tout essayé : lui poser la question à jeun, attendre qu’il ait quatre grammes, le menacer, argumenter, chialer (non je déconne !)… Rien n’y fit. Et au bout de 8 ans, je me suis fait une raison. J’ai fini par lui dire que lorsque nous voudrons être propriétaires, il m’épouserait qu’il le veuille ou non, pour une bête question de succession et de paperasse. Le glamour absolu en somme.

Et le désir d’enfant paraît… Et le projet prend forme, et on se met à raisonner en des termes nouveaux, parsemés de « d’ici là on sera parents ». Et une nouvelle vie, un nouveau souffle, une nouvelle activité, un nouveau lieu. Et des conversations dont le ton n’est plus si catégorique. Et une visite d’un monument, un jour. Un lieu magique et déroutant. Un lieu géré par une connaissance. Un lieu qui relance le sujet, tant il semble parfait pour cela.

Quelques jours plus tard, une conversation, inattendue, si longtemps espérée et totalement improbable. Sur le ton de l’humour, conclue par « bon, tu n’as plus qu’à me faire ta demande ! ». Ce qu’il a fait en me réveillant le lendemain, puis le jour d’après et encore d’après…

Je n’en reviens pas, je vais me marier !

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Entretenir la flamme…

fl1À force de le lire et de l’entendre rabâcher, on a tous saisi le concept : le secret d’un couple qui dure c’est d’entretenir la flamme. On parle bien sûr de préserver le désir, malgré les années, la vie quotidienne, la perte du mystère, la routine… Et puisque l’Homme et moi fêtons aujourd’hui notre 8ème anniversaire (applause), c’est l’occasion rêvée de se pencher sur la pérennité du couple.

Alors évidemment, dans l’absolu, on est tous d’accord : considérer l’autre comme acquis ou cesser de vouloir lui plaire est la pire erreur qui soit. La vie à deux se nourrit de petites attentions, de gestes et de mots tendres et d’un soupçon de challenge.

Par contre quand je lis qu’il faut conserver du mystère, avoir un jardin secret, et que ça dérive vers des « être impeccable », « ne pas s’habiller devant son conjoint », et autres énormités, je me dis que soit mon couple n’en a plus pour très longtemps, soit les gens qui appliquent ces principes à la lettre finissent en maison de repos ou dans le premier avion en partance sans bagage ni intention de revenir. Non parce, soyons sérieux deux secondes, ce n’est pas tenable pas vrai ? Quelques exemples :

« Garder du mystère »

Bien. Sur le principe je suis totalement d’accord. Sauf qu’il faudra m’expliquer comment tu fais pour rester mystérieuse quand tu vis avec quelqu’un au quotidien. Parce que la personne avec qui tu vis, à force, voit bien quand ça ne va pas, quand tu mens, ou quand tu as envie de l’envoyer paître. Il ou elle t’a même entendu faire pipi plus d’une fois si je ne m’abuse… C’est quoi le mystère au juste ? Tu peux lui cacher que tu t’envoies le voisin du dessus, certes, mais ce n’est pas du mystère. Les surprises ? Ce n’est pas ça non plus. Alors, non, vraiment, c’est une notion que j’ai du mal à appréhender passé un certain temps de vie commune. Ah si, attends, il ne sait ce que je lis en ce moment, ça compte ?

« Ne pas s’habiller devant son conjoint »

Ça c’est véridique, c’est un psy qui le dit, je l’avais lu je ne sais plus où mais ça m’a marquée. Soit disant ça ôte tout érotisme à la nudité à la longue. Bon, admettons. Il suffit donc de faire chambre à part. Parce qu’en dormant et en s’habillant dans la même pièce je vois mal comment éviter. Oh et puis merde, si tu peux même plus te trimballer en soutif chez toi…

« Rester sexy et attirante en tout circonstances »

Ben voyons. Moi c’est le « en tout circonstance » qui me gêne. Déjà on parle de quelqu’un qui nous voit tous les matins au réveil. Et puis si tu chopes une gastro, tu fais quoi, tu déménages pour 5 jours ? Et existe-t-il vraiment des femmes qui dorment systématiquement en nuisette de soie ? Soyons clairs : il n’y a que dans les Feux de l’Amour que les nanas se réveillent maquillées et avec le brushing. Dans la vraie vie tu pues de la gueule. Et ouais. Se faire beau/belle pour une sortie, ou juste pour le plaisir de plaire à l’autre, oui. Se croire en perpétuelle représentation, non.

« Le/la séduire tous les jours »

Ben mon con. On n’a que ça à foutre, hein. Et bien non, parce qu’il y a des jours où on n’est pas au top, moralement ou physiquement. Et il y a des jours où on a envie de gifler l’élu de notre cœur, pour une sombre histoire de poubelles pas descendue ou autre motif totalement trivial mais néanmoins réel. Et puis c’est quoi le truc ? Être dans la surenchère, avoir peur d’être quitté si on n’assure pas ? Ne pas considérer l’autre comme acquis ne veut pas dire le considérer comme perdu par défaut.

« Ne pas se laisser engluer dans la vie quotidienne »

Franchement celle-là si tu gagnes au loto elle est fastoche. Mais sinon… Nous ne vivons pas au pays des Bisounours, à mon grand regret, et par conséquent il nous faut nous préoccuper des choses matérielles. Et parfois ça prend carrément du temps, ou carrément la tête, ou carrément les deux. Désolée chéri, la danse des sept voiles ça sera pour quand on aura réparé la chaudière.

Bref, vous l’avez compris, j’exagère, comme d’habitude. Tout ça pour en arriver à dire que la vie de couple n’est pas un joli nuage rose cotonneux. Et que ce n’est pas plus mal. Parce que l’amour, le vrai, n’est-ce pas justement d’aimer l’autre dans ses faiblesses, dans ses mauvais jours et dans ses mauvais côtés aussi bien que dans les bons ? Entretenir la flamme, c’est indispensable. Jeter de l’essence dessus pour qu’elle ne faiblisse jamais c’est ne pas vouloir la contempler telle qu’elle pourrait être à l’état naturel.

Nous sommes dans une époque de surenchère : plus de botox, plus de régimes, plus de perfection. La vie à deux est un peu plus complexe que ça. S’aimer c’est aller au-delà de cette rencontre amoureuse qui nous montre l’autre sous un jour parfait. C’est bien sûr ne pas renoncer à plaire. Mais c’est accepter de ne pas plaire à chaque seconde. J’ai l’impression qu’au bout d’un certain temps le désir s’estompe… pour laisser la place à un désir nouveau, moins violent mais plus durable, comme tranquillisé. Celui-là ne faiblit pas.

Ne pas se reposer sur ses acquis, c’est essentiel. Mais il faut arrêter avec cette idée du couple parfait, amoureux comme au premier jour et dans un souci perpétuel de se conformer aux désirs de l’autre. On tombe amoureux, et c’est beau, mais un jour on aime, et c’est encore mieux. Finalement le couple a ses étapes : après le couple passion, le couple union. Et le couple parents ?…