Post-partum : cet après que je déteste tant

Visuel 4Lorsque ma fille est née, après un accouchement plutôt violent, je me souviens de ce moment où j’ai remonté le long couloir de la maternité dans un fauteuil roulant pour arriver à ma chambre. Je me suis dit « Quoi, c’est tout ? ». Tout avait l’air normal, je n’avais pas mal, un enfant venait de sortir de moi mais tout allait bien. Ce n’est que plus tard que j’ai compris ma douleur. Enceinte de mon deuxième enfant, je redoutais les suites de couches plus que l’accouchement lui-même. Et, sous certains aspects, ce fut encore pire cette fois. Laissez-moi vous présenter mon pire cauchemar : le post-partum.

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★✰ 2 ans ✰★

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Il fallait bien que ça arrive un jour : ce week-end ma princesse a fêté son deuxième anniversaire… Deux ans ma boulette jolie ! J’ai peine à croire, quand je regarde mon ventre énorme, que c’est elle qui se trouvait là-dedans il y a deux ans. Elle est si grande !

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Se souvenir des belles choses – novembre

se souvenir des belles chosesJ’ai publié quatre articles en deux mois, ce qui est proprement scandaleux (et je ne vous parle même pas de ma boîte mail). Mais vous savez maintenant pourquoi, et j’ose espérer que vous ne m’en voulez pas trop. Bref, tout ça pour dire : on va tâcher de reprendre les bonnes habitudes ! Et l’un d’elles, forcément, c’est de se souvenir des belles choses. Mais alors, soyons réalistes, comme il est clair que le format hebdomadaire est difficile à tenir, j’ai envie d’en faire un rendez-vous mensuel. Du moins pour l’instant. Et puis j’aime bien les rétrospectives du mois de ma copine Laurie, alors je copie un peu aussi.

Alors, ce mois de novembre ? Comme je vous le disais, c’était mal parti, entre les nausées, la varicelle de la puce, la fatigue, les soucis… Mais il y a eu de jolies choses tout de même !

se souvenir des belles choses novembre 2014

En novembre j’ai aimé :

– Faire des bons gros repas d’hiver.

– Trouver un des (gros) cadeaux de Noël de la puce.

– Lui lire un premier livre qui parle de ma grossesse.

– La voir poser sa petite main sur mon ventre en disant « ah, bébé ! » ♡

– Voir mon ventre prendre cette jolie forme (et mes seins devenir sublimes, sans me vanter)(si, un peu, mais bordel ce que je les aime comme ça !)

– Faire une seconde échographie et savoir que tout va bien.

– Faire l’échographie du premier trimestre, la plus belle sans doute… (j’en reparlerai)

– Recevoir du monde pour un week-end, se balader dans une ville que j’aime de plus en plus, se faire un petit restau le midi avec la petite (une grande première !)(si vous cherchez un restaurant kids friendly sur Uzès, j’ai une adresse!), faire un bon dîner, annoncer la bonne nouvelle…

La regarder grandir, l’entendre prononcer un nouveau mot par jour, la voir poser sa tête en chantant « gâtéééé » et s’allonger sans bouger à côté de nous pour qu’on lui lise une histoire… Il aura fallu 19 mois pour le voir !

Et vous, votre mois de novembre?

17 mois

Aujourd’hui, ma boulette a 17 mois. Euh, c’était pas hier que je vous parlais de ses 15 mois ?

Physiquement, elle a bien changé. De 12 à 24 mois, c’est vraiment une période de transition entre le bébé et l’enfant, et la transformation est assez spectaculaire. La photo mensuelle,  prise toujours au même endroit, n’en est que plus précieuse. Elle a de plus en plus de cheveux, ils commencent même à bien friser, un visage plus fin, de nouvelles mimiques, elle perd progressivement ses joues de bébé. Et elle est de plus en plus jolie !

Côté caractère, on entre dans la période bénie des colères, des roulades par terre pour ne pas quitter le parc, des cris pour ne pas descendre de la balançoire… Bref, du bonheur. Elle n’entend toujours pas le « non », ni le « viens ici », elle a l’oreille hyper sélective. Par contre pour le reste, elle comprend tout. Son langage ne s’est pas trop étendu depuis deux mois, mais sa compréhension est beaucoup plus grande. Elle m’a surprise il y a deux jours quand je lui ai tendu des chaussettes en lui demandant d’aller les ranger : elle est sortie de ma chambre, est entrée dans la sienne, a ouvert le tiroir et a posé les chaussettes dedans, avant de le refermer et de revenir en applaudissant. Elle nous surprend assez souvent en fait.

Elle commence à courir, à monter et descendre de petites marches sans appui, à monter et descendre des escaliers juste en donnant la main. Ce matin encore j’ai souri en la voyant changer son doudou de main pour pouvoir me donner la bonne main et descendre de la terrasse. Ça a l’air bête, hein, mais c’est nouveau cette réflexion de donner la « bonne » main (celle qui est de mon côté). Au parc, elle monte toute seule sur le toboggan, s’assois et me tend la main pour la descente. Elle tient sur la balançoire seule aussi, et peut y reste une bonne vingtaine de minutes (et moi pendant ce temps je suis assise par terre à côté au cas où elle parte en arrière…) Et chez super marraine, elle s’éclate dans le trampoline, jusqu’à devenir rouge vif ! Du coup elle sait sauter sur le lit et sur le canapé (hum…). La plage de galets au bord de la rivière l’a bien aidée je pense à développer son équilibre, elle se débrouille vraiment bien en terrain accidenté.

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La rivière, justement… Elle avait du mal à se baigner, il faut dire que cet été l’eau n’a pas beaucoup chauffé, et là elle commence juste à s’y mettre. Hier elle s’est baignée entièrement pour la seconde fois, et elle adore. Par contre elle ne fonce pas (pas encore ?) dans l’eau, elle reste prudemment au bord, tant mieux !

Elle aime toujours autant danser, et a fait plusieurs shows cet été. Un soir notamment, quelqu’un a sorti une guitare, et elle a dansé devant lui, puis devant chaque personne présente, sous les applaudissements. Une star. Il faut la voir saluer tout le monde quand elle quitte la plage, ou quand elle sort du supermarché… On dirait la reine qui salue ses sujets ! Elle dit aussi au-revoir à la rivière, longuement, après chaque baignade.

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Doucement, on prend un rythme plus serein. Cette semaine sa marraine (qui est aussi sa nounou) est en vacances, j’avoue que j’appréhendais de l’avoir tous les jours, et en fait ça se passe bien. Elle me laisse un peu tranquille, joue un peu toute seule… Évidemment, je n’ai pas fait beaucoup de choses en dehors de m’occuper d’elle, mais je passe des journées sympas, et ça m’apaise beaucoup. Il faut dire que le traumatisme des hurlements en continu pendant des jours, des semaines, est encore présent, clairement. Je n’ai pas toujours une patience immense, je crie encore pas mal, surtout quand je répète « non » pour la 25ème fois, mais les bons moments dominent largement. Le temps aide, puisque la fameuse tranche horaire 17-19h, tant redoutée (« qu’est-ce que je vais en faire jusqu’au repas ? »), se passe au bord de l’eau.

Enfin, elle se souvient comment on dit « maman » : après un mois de « papaaaaa ! », elle s’adresse de nouveau à moi. Le médecin m’avait parlé des périodes « maman » et « papa », je ne pensais pas que ce serait si flagrant. Elle m’appelle tout le temps, elle me cherche, et si je fais autre chose elle vient poser sa tête sur moi en disant « ma-maaan »… Et je fonds, forcément. Elle sait y faire, la merdeuse. C’est quand même agréable de la voir se précipiter vers moi en criant maman !

Voilà, je pourrais vous en dire encore tellement… Comment elle désigne là où elle a mal quand elle se cogne, comment elle dit « cacaaa » en tirant sur sa couche, comment elle conduit le camion de son père, d’un air très sérieux, en touchant de temps en temps au levier de vitesse, comment elle enlève le pantalon de son poupon et lui nettoie les fesses, comment elle parle en riant, se cache derrière le rideau, essaie de mettre ses chaussures, mange sa glace toute seule d’un hyper appliqué, passe son doigt sur les lèvres en faisant « blebleble », pointe son doigt sur mon front pour dire que je suis toc-toc, fais de même sur sa tempe… Mon bébé toc-toc, ma boulette, ma chérie. C’est fou comme elle grandit, c’est fou comme le temps passe, c’est fou comme elle apprend et comme le petit bébé que j’ai tenu dans mes bras a l’air loin maintenant !

Sécher les larmes d’une mère

Cet article, j’aurais pu l’écrire mille fois déjà depuis la création de ce blog. Mais il prend une ampleur nouvelle aujourd’hui. Parce qu’hier, j’ai vu une maman pleurer.

J’étais à la pharmacie, ma fille dans les bras, chose impensable il y a à peine un mois. Il y avait cette jeune femme que je connais de vue, qui parlait au pharmacien de son fils. J’ai vu les larmes monter dans ses yeux, j’ai vu ses efforts pour les refouler. Je connais ça si bien. Se dire non, pas encore… Pas encore pleurer devant un inconnu, pas encore craquer devant tout le monde et passer pour la dépressive de service. Tenter de ravaler ces larmes qui viennent saper le peu de confiance en soi qu’il nous reste. Et puis constater, impuissante, la trahison de son corps, et s’abandonner au sanglot. Cette femme, j’ai eu envie d’aller la serrer dans mes bras. De lui dire que non, elle n’est pas seule. Que oui, on pleure toutes, on est toutes fatiguées. Que non, les bébés ce n’est pas que du bonheur, c’est aussi des doutes, des peurs, de la culpabilité, du stress. Et qu’il faut arrêter d’en avoir honte.

J’aurais voulu lui dire tant de choses, et je n’ai pas osé. C’est lâche, mais j’avais peur de paraître terriblement indiscrète et déplacée. Et j’ai réalisé à quel point votre soutien m’a été précieux. Oui, le vôtre, vous qui me lisez. Vous vous reconnaissez, vous êtes nombreuses à avoir laissé quelques mots d’espoir après votre passage ici. J’ai compris dans quel état d’isolement extrême je me serais retrouvée sans vous.

Ce matin, j’ai lu ce magnifique texte de Marie. D’une justesse incroyable. Je vis dans un tout petit village, tout le monde me connaît, et quand je sors de chez moi je parle avec chaque personne qu’il m’arrive de croiser. Mais personne ne m’a vu perdre pied ces derniers mois. Parce qu’on ne dit pas que ça ne va pas, et même quand on le laisse entrevoir le message reste volontairement flou. Ça arrange tout le monde finalement. Cette discussion autour d’un bon thé dont Marie parle, c’est avec vous que je l’ai eue. Vous qui étiez parfois à des milliers de kilomètres.

Ce matin, je découvre vos articles, ceux où vous vous découvrez un peu, où vous lâchez le contrôle et parlez de vos difficultés. Ceux qui montrent les autres facettes de vos vies de femmes et de mères. Je ne sais pas si c’est la barrière de l’écran qui aide, mais je n’ai jamais vu autant de lâcher-prise dans une conversation en face à face. Pourtant, on est toutes pareilles. Et on a toutes besoin de le savoir. Histoire de lâcher la culpabilité et le sentiment d’échec. Sans vos mots, sans vos histoires, sans vous j’aurais considéré mes premiers mois de mère comme une preuve de mon incompétence et de mon incapacité à être une bonne maman. Parce que je suis si loin de l’image de la maman douce et patiente qu’on imagine avant d’avoir un enfant, si loin de cette maman qui berce son bébé avec amour à chacun de ses pleurs, qui se lève la nuit avec dévouement et avec pour seule préoccupation celle de rassurer son tout petit. Sans vous, j’aurais cru être la seule à en avoir marre, à être tentée de rester au lit et de faire la sourde oreille, à m’énerver même si ma fille pleure parce qu’elle a mal aux dents.

Alors je vais essayer d’aider à mon tour une jeune maman quand l’occasion se présentera. Je vais essayer de ne plus regarder une maman pleurer sans rien dire. J’essaierai de passer outre ma timidité et mon manque abyssal de confiance en moi pour aller vers une femme qui a besoin d’entendre qu’elle est loin d’être un cas isolé, qu’on s’en sort, que ça passe. Que ça vaut le coup. Parce que, moi, vous ne m’avez pas laissé pleurer sans rien dire.

Je n’aurais sans doute pas les mots suffisants pour vous remercier. Vous ne vous rendrez peut-être jamais compte de la différence que vous avez faite. Vous n’imaginerez peut-être pas que j’écris ces lignes les larmes aux yeux, en me maudissant d’être aussi mièvre. Je vais juste essayer d’être là pour vous, moi aussi. Comme je le disais ce matin à l’une d’entre vous, quand vous parlez de vos failles j’aimerais que vous vous voyiez avec mes yeux, car alors vous vous sentiriez fortes et courageuses. Vous l’êtes. Tellement plus que vous le pensez.

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Mère indigne

9h48. J’ouvre un œil. Je suis tentée de me rendormir, je suis tellement bien dans mes draps tièdes… Mais je vois l’heure, m’en étonne, me force à émerger tout à fait. Elle dort encore ? Incroyable… En même temps, elle ne s’est endormie qu’à 21h hier, et elle s’est réveillée à 21h30, alors c’est possible. Je me prépare mentalement à boire mon café tranquillement avant son réveil, ça n’arrive pas souvent !

D’un coup, un doute m’assaille. Cette nuit, le babyphone a sonné parce qu’il ne captait plus, il déconne ces derniers temps… Je l’ai éteint et rall… J’allume la lumière pour vérifier. Non, je ne l’ai pas rallumé. Je pousse le bouton. Elle est réveillée. Depuis combien de temps ? Impossible à dire, mais entre une demi-heure et une heure je dirais…

Voilà qui coupe court au débat qui fait rage depuis quelques semaines : se passer du babyphone la nuit ? Je maintenais que je n’entendrais jamais la petite vu mon état de fatigue et l’épaisseur du mur. J’avais donc raison (évidemment !). Bien sûr, si elle avait pleuré je l’aurais entendue, mais bon l’entendre se réveiller ce n’est pas possible. Ma pauvre chérie qui a dû se sentir abandonnée, je suis une mauvaise mèèèère !

Je suis entrée dans sa chambre, ma culpabilité en bandoulière, et j’ai trouvé ma princesse assise dans son lit en train de discuter avec son lapin. Tranquille. Grand sourire en me voyant, elle s’est vite levée pour que je la prenne, mais pas plus traumatisée que ça. Bon. Comme quoi, hein…

Quand c’est son père qui la lève, il prend le temps d’allumer la cheminée et de préparer le café. Quand c’est moi, j’attends qu’elle ait fini son bib pour faire quoi que ce soit. Il dit qu’elle peut très bien attendre un quart d’heure dans son lit. Je dis que c’est trop. Moralité ? Il a raison. Mais ça, ça reste entre nous.

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Voilà, sinon j’envisage de créer la ligue des mamans aux cheveux gras. Ou la ligue des mamans pandas (rapport aux cernes). Peut-être que je devrais fonder la ligue des mères indignes aussi. (Mais putain ce que j’ai bien dormi !)

La bipolarité de la mère

Ces derniers temps, je prépare souvent des articles dans ma tête, articles que je n’ai jamais le temps de rédiger vraiment, encore moins de publier. Quand j’ai un moment, je suis bien en peine de m’en souvenir, sans doute car une moitié de mon cerveau se repose pendant que l’autre reste en éveil (merde, je suis en train de me transformer en dauphin !).

Bref, je m’aperçois tout de même que si je pouvais publier chacun de ces articles, vous vous feriez sans doute du souci sur ma santé mentale… « Elle est complètement bipolaire, c’te pauvre fille ». Et vous auriez sans doute raison.

On dit qu’il y a des jours avec et des jours sans. Si seulement. Mes montagnes russes à moi ont une fréquence plus propice au vertige, avec une descente toutes les dix minutes environ. Bon, j’exagère, mais je m’explique.

Il y a ces moments merveilleux où je la regarde, ébahie de la voir si belle, si pleine de vie, où je me dis que je n’ai jamais rien regardé d’aussi beau de toute ma vie.

Il y a ce moment où elle se met à hurler parce que je lui enlève mon téléphone des mains.

Il y a ce moment où je la regarde explorer sa chambre, jouer, marcher à quatre pattes et se redresser, et où je constate tout ce qu’elle a appris.

Il y a ce moment où ça dégénère, où elle devient incontrôlable, où il faut chercher comment désamorcer cette boule d’énergie et de colère.

Il y a ce moment où elle me regarde et me sourit dans son bain, puis se remet à tout éclabousser en riant.

Il y a ce moment où je m’énerve parce qu’elle retire son pied du pyjama pour la quatrième fois en pleurant, où elle cogne et se tord.

Il y a ce moment où je la prends dans mes bras, où je lui dis que je l’aime, où je sens son odeur dans son cou.

Il y a ce moment où elle râle non stop jusqu’à ce que je n’en puisse plus (c’est rapide en général, mon seuil de tolérance est au plus bas).

Il y a ce moment où je la contemple, endormie, et où je pleurerais d’amour.

Il y a ce moment où elle se met à crier au milieu de la nuit, pile au moment où je sombre enfin dans le sommeil.

Il y a ce moment, dans le noir, où je sens que sa petite tête s’abandonne dans mon cou, où je sens son souffle s’apaiser, où elle est mon tout petit bébé.

Tout bascule d’une minute à l’autre. Ma fille est belle, merveilleuse, intelligente, éveillée, drôle… et gonflante, capricieuse, colérique. Un instant je me demande de quoi je me plains, l’instant d’après je me rappelle à quel point je suis à bout. Rien au monde ne me séparerait d’elle, et pourtant j’ai parfois envie de m’enfuir quelques heures.

Je pourrais, dans la même journée, vous écrire en pleurant des mots gris et ternes, et d’autres bien roses et bien sucrés comme on les aime. Je vous ferais un bilan de neuf mois difficiles et éprouvants pour tous les trois, et je vous écrirais quel bonheur ce petit soleil a mis dans nos vies depuis sa naissance. Je vous dirais que nous n’avons jamais eu plus de deux jours calmes d’affilée, mais aussi tout ce qu’elle a appris, tout ce qu’elle a souri, tout ce qu’on a ri. Vous pourriez vous y perdre, ou peut-être au contraire vous y retrouver. Si le temps revient, ou bien s’il s’arrête, vous êtes prévenus : ça n’aura ni queue ni tête.

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Le chapitre noir du carnet rose

Je viens de m’apercevoir que je n’ai rien écrit sur le blog depuis un mois et demi… Je ne m’en rendais pas compte, vu que je donne des nouvelles régulièrement sur hellocoton. Alors j’ai commencé à écrire, à vous raconter ces dernières semaines, et les mots sont venus tout seuls, plus noirs que ce que j’aurais cru, mais peut-être nécessaires. Je crois que je viens d’écrire le chapitre le plus noir du carnet rose. La bonne nouvelle, c’est que si vous le lisez c’est qu’il est clôt, ou pas loin de l’être.

Fin octobre, la situation était merdique : la puce ne faisait plus ses nuits, faisait des crises à chaque biberon, n’arrêtait pas de pleurer. Verdict de la pédiatre : elle est chiante, surtout ne la prenez pas la nuit. Ben non, hein, un bébé de six mois qui hurle tu le prends pas deux minutes aux bras, voyons. Bref, après une semaine de nez qui coule et de bébé râleur (qui n’avait rien, donc), je suis allée voir ma généraliste. Et là, truc de fou : elle lui a regardé les oreilles. Si si, je te jure. Bref : rhino + otite. Joie.

La généraliste m’a écoutée, et m’a donné raison : mon bébé n’avait pas un comportement de bébé qui va bien. Elle m’a conseillé un pédiatre dans un hôpital vraiment pas à côté de chez moi, mais qu’importe. Je n’ai pas réussi à avoir de rendez-vous… Là, j’ai clairement baissé les bras. Marre de passer pour l’hystérique de service, de pleurer, de me plaindre, de parler à des murs. J’ai passé mes journées à essayer de garder mon calme devant un bébé sans cesse en train de râler, qui ne m’autorisait même pas de quitter la pièce deux secondes. J’ai passé mes nuits à me lever, à la calmer et à lui tenir les mains dans le noir jusqu’à ce qu’elle s’endorme et qu’elle arrête de les agiter. J’ai pleuré, j’ai perdu patience, et j’aime autant vous dire que mon couple a pris cher. Et puis un soir mon homme m’a parlé. Il trouvait que je m’énervais trop, que je criais trop souvent sur la petite, que j’étais tout le temps sur les nerfs et que ça n’arrangeait rien. Il ne me reprochait rien, il voulait que j’en prenne conscience. Ça fait mal de l’admettre, mais il avait raison. Je vous dit pas, côté culpabilité j’étais au top niveau. Si j’avais écrit à ce moment-là, je vous aurais dit à quel point j’étais une mauvaise mère, que je n’aurais jamais dû avoir d’enfant tellement je suis incapable de m’en occuper, tellement tout ça me dépasse.

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Et puis l’Homme a dû partir deux jours dans sa famille, et j’ai passé ma première soirée toute seule avec la petite. J’ai affronté les pleurs habituels, la lutte pour le biberon, pour l’empêcher de se jeter en arrière… le lendemain j’ai pris rendez-vous à l’hôpital où j’ai accouché. J’avais un rendez-vous programmé avec eux, mais sous un délai trop long, et je ne pouvais plus attendre. L’après-midi même, je me suis assise en face d’un pédiatre, et je l’ai prévenu : « Bon, autant que vous le sachiez je vais pleurer. » Et, entre deux sanglots, je lui ai tout dit. Que je n’en pouvais plus, que la pédiatre s’en tapait, que la petite n’arrêtait jamais, que c’était l’enfer, mais qu’en société elle était toute gentille et que personne ne me croyait. Il s’est pris sept mois de désespoir dans la figure. Et là, il m’a dit un truc incroyable : « Je vais l’examiner, et après on va parler. » Incroyable, oui, parce que ma pédiatre habituelle, quand je  commençais à lui parler me coupait en me disant « Euh, vous la déshabillez pas ? » et terminait la consult pendant que je rhabillais la petite (qui hurlais, hein), et me demandait de terminer de l’attacher dans le couloir.

Ce jour-là, bizarrement, je me suis dit qu’ils allaient garder ma fille en partant pour le rendez-vous. Aussi, quand le pédiatre m’a regardé et m’a dit « J’ai une chose à vous proposer, qui pour moi est la meilleure solution, mais je ne sais pas si vous allez être d’accord… » j’ai compris de quoi il allait parler. Il voulait la garder 48h en observation. Je n’ai même pas hésité une seconde, forcément j’étais d’accord, j’étais d’accord avec tout du moment qu’on s’occupait de ma fille pour trouver ce qui n’allait pas. À la condition évidemment que je ne la quitte pas d’une semelle, mais ça c’était évident.

Le lendemain matin, nous étions tous les trois dans une chambre du service pédiatrie, face à un interne de l’équipe qui nous a expliqué qu’ils suspectaient une intolérance aux protéines de lait de vache. Lorsqu’il nous a dit que ces protéines étaient présentes dans le lait 2ème âge, la lumière fut : oui, c’est au moment du changement de lait qu’elle a cessé de faire ses nuits et que tout s’est empiré. Il nous a parlé des démangeaisons (dont ma chère pédiatre se foutait éperdument) et du terrain atopique que présentait manifestement la puce, signes en faveur d’une intolérance. (Je vous ai dit que l’autre connasse de pédiatre est allergologue ?). Le but de l’hospitalisation : observer les effets d’un changement de lait.

Je vous passe les détails de l’enfermement avec un bébé hyper agité pendant deux jours, et de l’horreur de constater que le nouveau lait est si dégueulasse que la petite le refusait. Je suis encore une fois passée pour la mère faible et geignarde quand j’ai pleuré au biberon du soir, et j’ai eu droit à un « faut être plus solide, la maman » qui m’a achevée. En même temps, après six mois de lutte à chaque bib, de crises et de pleurs, voir ma fille avaler péniblement 30ml de lait et les vomir aussitôt, et devoir me résoudre à la coucher le ventre vide, parce que « faut qu’elle comprenne qu’elle n’a pas le choix », ils pensent vraiment que pleurer est un signe de faiblesse ? Ça devient lassant de se justifier… J’ai eu droit à la psy, qui m’a confirmé que ma dépression post-natale n’avait pas contribué à sécuriser ma fille, et expliquait en partie le fait qu’elle soit constamment en demande. Ok, je passerai le restant de mes jours à m’en vouloir et à expier, c’était prévu de tout façon madame. Mais bon l’essentiel est qu’effectivement il y a eu du mieux. En sucrant le lait pour que ça passe mieux, elle a fini par prendre le minimum syndical, et elle a recommencé à babiller, à sourire, chose qu’elle ne faisait plus.

Le retour à la maison a été merveilleux. Deux jours superbes. Deux jours… Après, elle a doublé la gencive du haut. C’était reparti pour les pleurs et les réveils la nuit. Le problème, c’est que j’ai accumulé tellement de fatigue, de tension, que j’ai été trop loin dans mes retranchements pour m’apaiser en deux jours. Alors j’ai pensé égoïstement « ça ne s’arrêtera jamais », sans me dire que la pauvre puce avait mal. Je l’ai consolée, bercée, je lui ai donné de quoi la soulager, mais pour être tout à fait honnête je pense avant tout à ma tranquillité et à mon sommeil quand je fais tout ça. C’est assez horrible à dire, mais c’est vrai.

Une semaine après, lors de la visite de contrôle, le pédiatre l’a trouvée transformée. Et c’était vrai : elle parlait, souriait, avait le ventre souple, ne se tordait plus. Dans la semaine, elle a posé sa petite tête sur moi pour la première fois, et a même fermé ses yeux. J’en aurais pleuré, c’était tellement beau ! Il a été convenu d’arrêter le traitement contre les reflux après deux semaines de lait spécial intolérance, on continue juste à épaissir le lait pour limiter les régurgitations.

C’était il y a trois semaines. Depuis, sa gencive a encore enflé, et les dents sont entrées en scène dans la foulée. La première dent du haut a percé il y a deux jours, et la seconde devrait bientôt briser les 48h de répit de nous venons d’avoir. Alors oui, la puce va mieux depuis qu’on a adapté son alimentation, mais la pauvre n’aura pas eu de période de répit, et moi non plus par la même occasion. Mais bizarrement cette fois les dents ne freinent plus ses progrès, et elle continue à apprendre malgré la douleur. C’est encourageant.

Voilà, si je n’ai pas écrit depuis un mois et demi c’est que c’est un chapitre bien sombre qui est en train de s’achever, et que je n’aime pas noircir les pages d’un carnet si rose. Le contexte n’a pas été facile non plus, avec un mari qui doit bosser sept jours sur sept pour prendre un nouveau départ dans son activité (et qui n’a pas droit à l’erreur sous peine de devoir tout arrêter), ma copine qui finalement, faute d’enfants à garder, a dû accepter de bosser avec son frère pendant trois mois, et qui du coup ne peut me garder la puce qu’un jour par semaine (en même temps que la petite qu’elle garde déjà), et des papiers en retard qui bloquent le contrat que je devrais lui avoir signé depuis des semaines (vive les administrations). Du coup je ne peux pas aider mon mari au moment où le temps presse vraiment. Moi qui essaie toujours de voir le positif en toute chose, là j’ai perdu pied, et j’ai perdu la foi ces derniers temps.

Aujourd’hui, doucement, la lumière revient. Des siestes de deux heures ou presque contre une demi-heure avant. Des sourires, des rires, des jeux, des bons moments avec ma fille. Parfois elle râle, il faut dire qu’elle a un bon petit caractère de merde et qu’elle ne supporte pas d’attendre cinq minutes, mais je profite enfin de mon bébé. Et là, deux nuits complètes en prime, les journées sont encore plus belles. J’arrive à faire deux ou trois choses, à ranger un peu, à tenir la maison propre, chose impensable il y a trois semaines. Je sais que la sœur jumelle de la dent ne va pas tarder à venir nous embêter, mais ça va, j’ai retrouvé mon bébé, ma boulette chérie, ma beauté cosmique, mon soleil joli. Les moments où j’ai profité de mon bébé ont été tellement courts ces sept derniers mois, j’ai l’impression d’avoir passé mon temps à gérer des soucis, des pleurs, de la fatigue. J’ai l’horrible sensation d’être totalement passée à côté de ma fille durant ses premiers mois de vie. Pourtant, non, quand j’y pense, il y a eu des moments de partage. C’est le mois qui s’achève qui a été le pire, celui où je suis allée au bout de ce que je pouvais supporter.

J’essaie de ne pas regarder en arrière, de mettre ma culpabilité de côté, de me concentrer sur le présent. Oui, c’est vrai, un bébé de sept mois c’est tellement éveillé, tellement expressif, tellement plus facile qu’un nouveau-né ! Ça ne marche pas tous les jours, mais quand tout ça me rattrape je regarde ma poupée qui me sourit de toutes ses trois dents en disant « Mam ! » (ou « gaga », je ne suis pas sûre qu’elle fasse la différence) (et en même temps elle n’a pas tort !), et j’oublie tout. Je découvre le vrai plaisir d’être avec elle, de communiquer, de rire, de la regarder grandir. C’est parfois les montagnes russes, elle arrive à me faire sortir de mes gonds, et l’instant d’après elle penche sa tête sur le côté en me souriant. Petite merdeuse.

On peut dire qu’elle aura éclairé ma vie, qu’elle l’aura bouleversée. Mais pour tout changer il faut tout casser. Quand j’y pense, je crois qu’elle a tout pulvérisé pour pouvoir reconstruire nos vies à sa mesure. On en a chié. Mais le pire, c’est qu’au final on est contents. Ce qui a été cassé manquait cruellement d’elle… Ce qui a été construit est éclairé de son sourire, illuminé de ses grands yeux bleus, tout est plus grand, plus joli. Tout est infiniment mieux.

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Celle qui fit garder sa fille

Il y a un peu plus de deux semaines s’est produit un évènement important. Après avoir craqué maintes et maintes fois, je me suis résolue à faire garder ma fille. Béni soit ce jour radieux.

Un jour, je suis passée voir ma copine, marraine de son état, et j’ai assez rapidement fondu en larmes. Elle a alors renouvelé sa proposition de me prendre la bête une après-midi. Jusque-là, j’étais réticente. Non que je n’avais pas confiance, mais plus par peur que ma fille se sente abandonnée (ouais, carrément), et surtout qu’elle rende sa pauvre marraine complètement chèvre. Mais ce jour-là, j’ai accepté. Le largage de bébé fut prévu pour le lendemain.

Super Marraine devant accompagner sa fille à l’école, elle serait chez elle vers 13h55. À 13h54, je tirais le frein à main devant sa grille, un mince sourire aux lèvres. Zéro culpabilité. Repartir fut moins facile… Après avoir déposé une dizaine de kilos d’affaires, plus le précieux colis, j’ai eu peur de la laisser. Pas peur pour la petite, après tout le pire qui pouvait arriver était qu’elle pleure tellement que je sois obligée de revenir la chercher. Non, peur qu’elle fasse la misère à ma copine, comme elle sait si bien faire.

C’était l’heure de sa sieste. « Tu veux que je la couche ? » ai-je demandé. « Non, c’est bon. » Euh… c’est que parfois elle est un peu compl… « Allez, au revoir maman ! » m’a-t-elle coupée. Bon. Euh… « Dégage ! » Ok.

14h15, chez moi. Oh putain, et si elle n’arrive pas à l’endormir ? J’ai pris un livre, tenté de me concentrer sur ce que je lisais. Envoyé un texto « Alors ?? ». Pas de réponse. Bon, je vais y retourner, hein, tant pis, fallait pas s’attendre à des miracles.  14h25 : « Tout va bien, elle dort ». Ben ça alors… Je me suis jetée dans mon lit, et je me rappelle m’être vaguement inquiétée de la réaction de la petite au réveil, lorsque qu’elle ne me verrait pas, avant de sombrer à mon tour dans le sommeil. Cette sieste a probablement été l’une des meilleures de ma vie. Ah, retrouver la saveur d’un réveil dans des draps tièdes, sans bébé qui pleure, avec l’exquise possibilité de refermer les yeux et de repartir pour un tour ! Rien que d’en parler je suis émue.

Prise d’un léger remord d’en profiter autant, j’ai téléphoné à ma copine vers 16h, pour apprendre que tout allait bien, merci. Prend ton temps surtout. Waouh. Bilan : j’ai récupéré un bébé heureux vers 17h30, tout s’est bien passé, super Marraine était contente d’avoir pu en profiter, et un grand pas venait d’être fait. Depuis l’expérience a été renouvelée deux fois, avec succès. Hier, elle l’a gardée de 14h à 18h30, et j’ai pu enfin redonner forme humaine à ma maison. Quand l’Homme est rentré, je l’ai prévenu : « Si le choc est trop grand, regarde les vitres, je les ai pas nettoyées, ça te fera un point de repère ! » Sur la route, j’ai reçu un sms : « Je suis ému ! ». Tu m’étonnes. Six mois, putain.

Donc je suis heureuse comme vous pouvez l’imaginer de voir que ma fille s’amuse bien chez super Marraine. Hier, elle ne m’a même pas calculée quand je suis venue la chercher, elle s’amusait trop bien. Et l’immense bonne nouvelle c’est que  ma copine est assistante maternelle, qu’elle est plutôt dispo, et que d’ici la fin de l’année nous allons surement lui signer un contrat pour deux ou trois demi-journées par semaine. L’Homme s’agrandit, il a besoin d’une vraie comptabilité, donc de mes services inestimables. Et moi, je vais retrouver les neurones que j’ai laissés à terre, enfin j’espère, et je vais pouvoir faire une pause bébé quelques heures par semaine. Je me dis que j’ai de la chance, je n’ai pas à confier ma fille à quelqu’un que je ne connais pas, ni à la laisser l’équivalent d’un temps plein, ce qui aurait été vraiment difficile pour moi. Cela va se passer simplement, sereinement, et je vais pouvoir lui consacrer beaucoup de temps tout en ayant une petite activité à côté. Je sais néanmoins qu’il va me falloir du temps avant de me tranquilliser, de retrouver un peu de patience, car je n’en ai plus tellement. Quatre heures de liberté n’effacent pas les mois de tension accumulée… Mais c’est un bon début tout de même !

ailes